Rita Maria Zniber, PDG, Diana Holding

Rita Maria Zniber, PDG, Diana Holding

Le groupe Diana Holding a plus de 50 ans. C’est un groupe qui fait partie du paysage entrepreneurial marocain notamment dans l’agro-alimentaire. Comment définiriez-vous le groupe que vous présidez? 

Rita Maria Zniber : L’aventure de Diana Holding est née autour de la terre après que son fondateur, Brahim Zniber, eut commencé à mettre en valeur l’exploitation agricole qu’il a acquise en 1956. Les premières activités tournèrent  autour de la céréaliculture, puis de l’arboriculture, pour au gré des opportunités et par nécessité de diversification, permettre au groupe d’enrichir la palette de ses  activités, dans le souci de les articuler autour de l’agriculture et de l’agro-industrie. C’est ainsi que se développa le groupe à travers notamment  plusieurs démarches telles que :

-la création de la société Les Celliers de Meknes en 1964
-le rachat en 1975 de la société Atlas BootlingCompany, au premier embouteilleur  sous franchise Coca Cola au Maroc, de nationalité américaine.
-toujours en 1975, le  rachat de la Société Nouvelle de Volailles qui, entre autres choses,  produit des aliments pour bétail et des poussins d’un jour .

Les activités devenues  multi-sectorielles amenèrent Brahim Zniber à créer en 1988 Diana Holding pour fédérer et accompagner l’ensemble des filiales du groupe, qui poursuivit sa diversification avec :

-en 1998, l’acquisition de sociétés spécialisées dans la production de vins et la distribution de spiritueux au Maroc , Ebertec et MRRenouvau
-également en 1998,l’ obtention de l’Appellation d’Origine Contrôlée “Les Coteaux  de l’Atlas”, dont quelques parcelles ont obtenu un classement Grand Cru ,  suivi en 2005, par arrêté ministériel, de la création du “Château Roslane “, premier et seul Château marocain encore à ce jour
-la plantation en 2007 des premiers vergers d’oliviers qui permirent de démarrer la production d’ huile d’olive, CaracTerre, voulue  de très haute facture et dont la commercialisation sous cette appellation est prévue prochainement , avec pour marchés-cibles les États-Unis , la Russie , le Japon et peut-être la Chine
-un partenariat débuté en 2010 avec Driscoll’s pour la production de fruits rouges , tout d’abord dans la région d’Agadir, puis celle de Moulay Bousselham dans la région du Gharb  et dont l’essentiel de la production est destiné à l’exportation
-dès 2012, le démarrage des premières plantations d’agrumes, principalement dans la région de Berkane, réputée mondialement pour la qualité de sa clémentine, avec à moyen terme un potentiel à l’export de 30.000 tonnes.

Aujourd’hui, Diana Holding est un acteur majeur de l’agriculture et de l’agro-industrie au Maroc, avec l’ambition d’exceller dans chacun de ses cœurs de métiers, tout en en poursuivant une intégration  verticale.

A ce titre, nous avons dors et déjà programmé une forte accélération de nos investissements avec la ferme volonté de continuer à internationaliser notre Groupe, notamment au travers de partenariats structurants.

Parmi vos marchés à l’export, il y a la Russie. Ce pays offre-t-il des débouchés intéressants pour les produits marocains, en dépit du contexte actuel de tension ?

C’est un marché qui offre d’excellentes opportunités pour nos produits et permet en conséquence d’envisager de bonnes perspectives sur le long terme. A nous de respecter nos engagements et de veiller en retour au respect des engagements de nos correspondants. Nous ne pouvons perdre notre vigilance et devons être  à la fois, non seulement très réactifs, mais aussi proactifs pour garder nos parts de marché et en gagner de nouvelles.

Pensez-vous que les conditions sont actuellement adéquates pour la consolidation d’un véritable écosystème agro-industriel au Maroc? Comment vous situez-vous dans ce contexte ?

Nous soutenons totalement l’objectif poursuivi par le Plan Vert Maroc. Je pense que les conditions sont réunies et que le Maroc arrive à maturité pour consolider son  écosystème agro-industriel et qu’il peut même aller au-delà. Par  exemple, la pépinière développée par notre groupe peut, en dehors d’une vocation régionale, exporter une partie de sa production de plants vers d’autres pays méditerranéens, afin de permettre une diffusion  de notre expertise nationale  en la matière. C’est dans cette logique que nous avons créé en 2007 une plateforme de compostage, à même de produire des composts entièrement biologiques, issus de l’ensemble des sous-produits des différentes activités du groupe. Tous ces éléments sont recyclés pour les ramener à la terre. Je suis optimiste quant au développement de cette unité car elle a vocation à restituer de façon écologique à la terre,  ce dont l’a privé depuis des décennies,  l’agriculture intensive. Parallèlement et pour accompagner les orientations du plan Maroc Vert, la pépinière s’est dotée il y a un peu plus d’un an d’un laboratoire de culture in-vitro, à même d’accompagner le programme national de production de plants de palmier-dattiers. En créant la pépinière nous avons mis en place la préservation de notre patrimoine, et nous assurons la biocompatibilité de nos plants avec le terroir. Nous visons non seulement à satisfaire les besoins nationaux en plants de haute qualité, mais aussi à proposer une alternative à l’importation de plants de l’étranger, notamment pour limiter les risques d’introduction d’agents phytopathogènes.

Dans quelle mesure la pépinière et le biocompost contribuent-ils au plan Maroc Vert ?

Ce sont des activités qui permettent à notre groupe de contribuer à la promotion d’une agriculture durable, préservée et responsable, telle que la prévoit le Plan Maroc Vert.

Préserver le terroir marocain et ses traditions est capital. Faites-vous de l’agriculture bio ?

Non, nous ne sommes pas orientés vers ce type d’agriculture à proprement parler. Je crois qu’il y a eu des tentatives au Maroc de la part de plusieurs groupes, mais la rentabilité semble trop faible si seul le marché national est visé. Ceci dit, je crois savoir qu’une grande partie de ces cultures dites bio, ne le sont pas autant qu’on le dit.

Ceci étant dit, nous sommes très conscients de notre responsabilité envers l’environnement et la société, et privilégions  une agriculture raisonnée. C’est ainsi, à titre d’exemple,  que nous veillons à ne pas dilapider les ressources hydriques en ayant recours au système du “goutte à goutte”, système d’irrigation de plus en plus répandu au Maroc et que l’Etat subventionne .

En tant qu’acteur privé d’envergure dans le secteur agro-alimentaire, quel est votre avis sur les points forts, et peut être aussi, un peu moins forts du plan Maroc Vert?

L’objectif de produire davantage me paraît excellent, mais les agriculteurs ont aussi besoin d’aide en aval pour distribuer leurs produits à l’export et en rendre le prix plus attractif au niveau national, je parle du prix final, rendu au consommateur marocain.  En effet, on ne peut pas se contenter du marché national en l’état, qui comme je l’ai déjà dit, tire les prix vers le bas à cause de la multiplicité des intermédiaires,  impactant de ce fait les petits agriculteurs qui peinent à survivre. Or l’Etat n’accompagne pas assez efficacement les agriculteurs qui ambitionnent l’export. Pour que la vision Plan Maroc Vert puisse s’exprimer dans toute sa force et sa vigueur, il faut que parallèlement,  un support soit mis en place pour permettre la commercialisation de nos produits à l’international, ainsi qu’une équitable fixation des prix au niveau national.

Le secteur agricole a-t-il fait expressément une demande dans ce sens au ministère de l’Agriculture ?

Des pétitions ont été exprimées par plusieurs acteurs. Il s’agit en effet d’un point faible du plan, mais j’ai bon espoir  que dans les mois à venir, il y aura des initiatives fortes en ce sens. Les actions ponctuelles ne sont pas suffisantes et il est nécessaire d’entreprendre des actions structurées, à moyen et long terme de façon à “bousculer “les lobbys.

Le grand marché de l’agro-alimentaire pour le Maroc c’est l’Europe. Comment évaluez-vous la politique de l’Union européenne envers le Maroc, dans le domaine de l’agriculture ?

Le Maroc et l’Union Européenne  ont réussi à instaurer entre eux une relation confiante, privilégiée, dont atteste d’ailleurs le “Statut  avancé ” octroyé au Maroc. Or certains secteurs de l’agriculture européenne,  très fortement subventionnés, créent des distorsions concurrentielles, par définition injustes. Ce qui m’amène à formuler  un vœu en attendant réparation de cette injustice : celui que nos concitoyens consomment  marocain,  à prix et qualité équivalents bien entendu, tant que notre balance commerciale est déficitaire au regard de l’Union Européenne.

Le groupe Diana Holding a construit la plus grande une usine Coca-Cola en Afrique, à Tanger. Que représente ce grand projet pour le développement industriel de votre groupe ?

C’est un projet en cours,  qui s’inscrit dans une dynamique de résultats positifs de la part de l’équipe en charge des régions nord et orientale. Par exemple, les produits Coca-Cola représentent 87% des parts de marché des boissons gazeuses sur le marché national. Mais la part de marché  sur la zone qui nous est concédée, c’est à dire le nord et l’oriental du Maroc, atteint les 95%. C’est vous dire les performances de notre structure, de nos équipes.

Cette expérience pourrait-elle amener votre groupe à collaborer avec d’autres grandes marques pour des projets similaires ?

Je crois que rien de semblable à Coca-Cola ne peut être envisagé, s’agissant de limonades ou de boissons gazeuses,  car nous sommes contractuellement liés à Coca-Cola. En revanche, nous avons liberté pour tout ce qui concerne les jus de fruits, les concentrés de fruits, les fruits coupés etc. Ce sont de fait des projets sur lesquels nous travaillons, mais sur lesquels nous n’avons encore rien arrêté.

Tanger accueille Coca-Cola mais aussi d’autres grands projets industriels comme l’usine Renault. Pourquoi Tanger ?

La zone nord est une zone phare, Tanger a pour vocation d’être une plateforme, un hub pour le Maroc et pour l’Afrique, et bien d’autres ont commencé leur implantation  avant nous.

IFA Conseil est une filiale du groupe Diana qui a accompagné de grands projets stratégiques comme Renault Tanger et Tramway de Rabat. Dans quelle mesure cette filiale contribue-t-elle au développement du groupe?

 IFA Conseil porte en son sein de très belles expertises multi-dimensionnelles et de belles perspectives s’offrent à elle. Depuis 2009, IFA CONSEIL opère en Afrique de l’Ouest et a développé des partenariats lui permettant d’inscrire la continuité de son développement en Afrique.

Pour parler de son apport au groupe, je pense en particulier à l’accompagnement intra -groupe en matière de démarches pour l’obtention de certifications QHSE et la mise en place des jalons RSE. A ce titre, nous avons décidé de placer la santé et la sécurité au cœur du projet de construction de la nouvelle usine COCA COLA, IFA CONSEIL en assurant la coordination SPS.

Quel est votre sentiment pour les années à venir, comment voyez-vous les prévisions de croissance pour le Maroc?

Au sommet de l’Etat, au niveau gouvernemental, comme au niveau entrepreneurial,  il y a une réelle volonté de répondre aux attentes sociétales. C’est cette responsabilité partagée et assumée qui  maintiendra et renforcera  la stabilité du  pays et engendrera une croissance sans “laissés pour compte”.

Quels sont à votre avis les marchés les plus porteurs, en dehors des pays environnants, à moyen terme ? La Chine ?

La Chine cherche des opportunités dans beaucoup de pays et il faut prendre ceci en compte lorsqu’on aborde ce vaste marché. Le Maroc a trouvé en Chine quelques créneaux, notamment pour l’exportation de produits de luxe et  le groupe envisage d’y exporter  certains de ses  vins haut de gamme,  mais je ne vois pas cela comme une opportunité à court terme .

Quelles sont les opportunités d’expansion pour le groupe Diana en Afrique de l’ouest ?

Nous sommes l’un des leaders  de l’industrie agro-alimentaire marocaine et les marchés sub sahariens représentent bien évidemment des relais de croissance stratégiques. Dans un premier temps, nous donnons priorité à l’Afrique francophone, puis  nous agirons en fonction des opportunités qui s’offriront ou que nous aurons su dénicher, privilégiant  bien évidemment les pays les plus stables et économiquement viables.

Le fait que le secteur financier marocain soit de plus en plus présent dans cette région aidera les entreprises marocaines à s’implanter. Nous avons dans ce sens, eu plusieurs contacts avec différentes banques et nous savons  pouvoir compter sur nos partenaires banquiers au moment opportun, tant pour être facilitateurs, qu’apporteurs ou  initiateurs de projets.

Peut-on dire que la consolidation du secteur financier marocain en Afrique confirme le rôle croissant du Maroc comme hub entre l’Europe et l’Afrique ?

Absolument, et SA MAJESTE Le Roi du Maroc, Mohamed VI  a assis et consolidé la légitimité de cette position  à travers ses différents voyages en Afrique . Ces longues tournées  ont toutes été couronnées de succès, puisque la Chine ayant elle-même pourtant déjà réalisé dans différents pays africains  de gros investissements, cherche à s’adosser aujourd’hui à des sociétés marocaines, pour y continuer la conquête d’autres marchés, pour ne parler que de l’Afrique .

Que représente la récente participation du Holding Diana dans la société Belvédère, côtée à la Bourse de Paris? Assisterait-on à une plus grande internationalisation du groupe ?

Nous avons parlé dans une première étape, d’une opération de diversification dans un secteur où   nous étions  déjà présents.

Tenant compte de l’état actuel de notre participation trés significative dans l’actionnariat de Belvédère/Marie Brizard, dont je rappelle qu’il s’agit du septième Groupe mondial de Vins et Spiritueux, le partenariat entre nos deux groupes représente un véritable axe de développement,  tourné vers l’international, qui aura entre autres mérites, celui de préserver et de développer  le secteur viticole local, de l’amont à l’aval .

Indépendamment des opérations financières, peut-on dire que cela resserre davantage les liens entre la France et Diana holding?

Oui je le pense et ferai en sorte que ce partenariat soit des plus fructueux pour les parties.

Venons-en à la politique sociale du groupe. Les choses ont évolué au Maroc et il y a eu comme une prise de conscience du gouvernement et des entreprises à ce sujet. Comment vous situez-vous ?

Oui c’est certain, et le groupe Diana Holding  est tout à fait impliqué dans une démarche de responsabilité sociétale  d’entreprise (RSE). C’est un terme à la mode, qui reprend parmi ses principes, beaucoup de ceux qui ont toujours été les nôtres.

C’est fondamental de contribuer à la société dans laquelle on évolue et nous le démontrons depuis très longtemps à travers le volet social, et de plus en plus à travers le volet environnemental.

Les dispositions qui ont été initiées dans nos usines Coca-Cola, l’ont été bien avant que Coca-Cola Co ne les imposent : par exemple la gestion des eaux usées, etc.  S’il est vrai qu’il y a encore du chemin à parcourir et que nous ne sommes pas parfaits,  comme toute bonne entreprise , nous tendons à nous parfaire .

Comment définiriez-vous la philosophie de la Fondation Diana holding?       

La Fondation Diana Holding s’intéresse au social, au culturel et à l’éducation. Car au Maroc, lorsqu’on parle de la société, il s’agit avant tout de la question primordiale de l’éducation. Favoriser l’accès à celle-ci est le seul moyen de tirer la société vers le haut.

Vous donnez des bourses, par exemple ?

Non pas directement, mais indirectement  en organisant et assumant par exemple le ramassage scolaire pour permettre à des jeunes qui habitent à la campagne, de rejoindre leurs écoles, collèges et lycées. C’est une forme de bourse qui est ainsi délivrée à de très nombreux bénéficiaires.

Nous agissons aussi dans le domaine de la Santé. Par exemple dans la région de  Meknes/El Hajeb, à travers un Centre de santé animé par un couple d’ infirmiers, détachés  par le ministère de la Santé, nous assurons le suivi de plusieurs centaines de personnes, si ce n’est plus . C’est un aspect très important de l’intérêt que nous accordons au développement humain.

Dans ses discours récents, Sa Majesté a en effet renouvelé ses appels à la société civile…

La Fondation Mohamed V, présidée par SA MAJESTÉ réalise sous Son impulsion , un travail remarquable dans plusieurs domaines: santé, éducation, formation professionnelle, accueil de personnes en situation difficile…. Quant à la Fondation Diana Holding, elle essaie en particulier d’apporter sa pierre à une cause devenue nationale, celle de la lutte contre l’exclusion et la précarité, à travers la Fondation Rita Zniber qui est une association reconnue d’utilité publique,  dédiée depuis plus de trente ans  à l’Enfance privée de Famille,  ainsi qu’en soutenant diverses associations, dont en priorité la Fondation Mohamed V. La Société Civile  marocaine a pris conscience de la nécessité de se mettre en mouvement et répond bien volontiers à l’appel de son Souverain. On compterait  aujourd’hui plus de 40.000 associations au Maroc, ce qui permet de parler d’un élan formidable, qui ira je n’en doute pas en s’amplifiant.

Vous êtes l’un des grands PDG du pays et aussi une femme, ce qui est important. Avez-vous à ce titre un message pour nos lecteurs français et francophones ?

Je ne voudrais pas transmettre un message qui pourrait être dévoyé, mais je dirais que l’avenir de l’homme c’est la femme. Tout passe à travers nous. Nous portons les hommes, nous les mettons au monde, tout dépendra de la manière dont nous les éduquerons, et c’est cela qui fera que nos mondes de demain seront différents.