Othman Benjelloun, Président de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur

Othman Benjelloun, Président de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur

L’histoire du groupe BMCE va main dans la main avec l’histoire du Maroc moderne depuis 1959; brève introduction sur la projection internationale du groupe s’alignant avec le moment historique de consolidation stratégique du Maroc comme le grand hub en Afrique et dans le monde.

Le Royaume bénéficie, en effet, d’une relation historiquement privilégiée avec le continent Africain. Cette spécificité est nativement inscrite dans le patrimoine ancestral spirituel et culturel commun au Maroc et à l’Afrique Subsaharienne, particularisme soutenu, de surcroît, par un nouveau dynamisme diplomatique, sous la vision clairvoyante de SM le Roi Mohammed VI, avec l’augmentation des représentations marocaines en Afrique Subsaharienne durant la dernière décennie.

Dès lors, les visites de SM le Roi Mohammed VI au Mali, en Côte d’Ivoire, au Gabon et en Guinée en Février dernier se sont traduites par la déclinaison économique de cette notion d’« africanité » et par l’engagement pérenne du Maroc auprès d’un continent en devenir.

A ce titre, le développement du secteur bancaire en Afrique doit être perçu sous le prisme du co-développement. En effet, sous ces actions emblématiques, transparaît la volonté de contribuer, au travers de ressources techniques et financières, à l’émergence d’une Afrique dynamique et souveraine.

Cette approche est aussi une réponse pragmatique aux importants besoins d’investissement en Afrique, à la profonde mutation des modes de consommation et au foisonnement démographique d’une jeunesse avide de nouvelles opportunités.

 

Le Maroc a expérimenté une croissance économique sans précédent ces dix dernières années et le pays a entamé des réformes profondes dans beaucoup de domaines ; quelle est votre analyse des réformes économiques déjà en cours d’exécution dans le pays et celles qui devraient s’accélérer afin de consolider le Maroc comme une véritable économie compétitive à l’échelle globale…

 

En termes économiques, le Royaume a capitalisé sur la proactivité des plus hautes autorités de l’Etat, pour répondre aux exigences d’un développement social équilibré. La stabilité politique dont jouit le Maroc est désormais reconnue, tant par les institutions internationales que par la communauté des investisseurs, dans une région tourmentée et a contribué à renforcer l’attractivité du pays. Celui-ci a d’ailleurs été le premier récipiendaire d’investissements directs étrangers en Afrique du Nord pour l’année 2013.

Dès lors, le Royaume poursuit sur ses performances enregistrées au cours de ces dernières années avec un taux de croissance annuel moyen autour de 4%. En effet, le lancement de nombreux plans sectoriels d’envergure – agriculture, industrie, énergies renouvelables, tourisme, offshoring… – et la forte diversification des partenaires commerciaux avec une ouverture sur les émergents – l’Europe ne représente plus, en 2013, que 60% de nos achats et expéditions, contre plus de 70% au début des années 2000 – a permis de sécuriser un rythme d’expansion plus dynamique.

Pour 2014, le contexte macro-économique au Maroc s’est structurellement amélioré avec des réformes d’envergure impactant directement les équilibres du Royaume. Ainsi, la réduction du poids de la compensation, le recul des dépenses publiques ou encore l’amélioration du taux de couverture sont autant de réalisations augurant de fondamentaux plus solides et d’une dynamique de croissance plus pérenne.

A plus long terme, l’objectif affiché de revenir progressivement à un déficit budgétaire en deça des 3% du PIB, pour 2016, et la montée en puissance des nombreux plans sectoriels, se matérialisant par une réduction du déficit de la balance des paiements, montrent le potentiel de l’économie domestique.

 

La nouvelle stratégie industrielle du gouvernement lancée au mois d’Avril et les opportunités pour le groupe BMCE.

 

Le programme national d’accélération industrielle (2014-2020), présenté devant SM le Roi Mohammed VI, permettra au tissu industriel de se consolider, de se moderniser et de développer sa capacité de substitution de produits importés.

S’inscrivant dans le prolongement de la stratégie ‘’Emergence’’, le nouveau programme ambitionne de porter la contribution de l’industrie au PIB de 14 % actuellement, à 23% à l’horizon 2020, créer 500 000 postes d’emploi et multiplier les effets avantageux des exportations industrielles et de l’approvisionnement des entreprises sur le marché local.

Dans ce sens, un Fonds de développement industriel (FDI) sera créé et doté d’une enveloppe de 20 milliards de dirhams afin de donner à l’industrie marocaine les moyens de ses ambitions d’intégration et de mise à niveau. L’idée présentée par le patronat marocain serait ainsi de créer des écosystèmes entre les grands opérateurs et les PME.

Pour sa part, et visant à accompagner le secteur industriel dans son émergence, le secteur bancaire s’est engagé, aux côtés des agents économiques, pour mettre à disposition l’ensemble des moyens nécessaires pour accompagner le Maroc vers ce nouveau cap industriel.

Commentaires sur le futur siège du groupe et l’impact pour une ville comme Casablanca. Contribution du siège au concept « Casablanca Finance City » lancée en 2010.

 

L’année 2014 a effectivement été marquée par l’accélération de l’emblématique projet de Casablanca Finance City (CFC) et sa capacité d’attraction et de captation de nouveaux flux d’investissements extérieurs, qui représente, à bien des égards, une excellente opportunité d’accélérer l’approfondissement des marchés de capitaux.

En effet, le Royaume représente une plateforme légitime vers l’Afrique subsaharienne et CFC représentera un vecteur d’investissement de choix vers l’Afrique en jouant le rôle de hub multi métiers.

Concernant le Groupe BMCE Bank, et au-delà du transfert des activités déjà existantes, le nouveau siège servira d’écrin pour l’ensemble des filiales du Groupe FinanceCom et les nouvelles activités dédiées au continent. A ce titre, et à l’image de BMCE Capital au Maroc, BOA Capital ambitionne d’être un leader panafricain sur toute la chaîne de valeur, prévue d’accompagner la création de richesse en Afrique, avec des pôles dédiés aux marchés des capitaux actions et dettes, la gestion d’actifs et le conseil en fusions-acquisitions, en financement de projets et en introduction boursière.

Le groupe BMCE avec une présence dans plus de 22 pays constitue le groupe le plus global du Royaume, la Chine étant maintenant un des grands objectifs du groupe comme fût manifesté avec succès par l’évènement « China Africa Investments Meetings » ; votre analyse sur l’avenir d’une relation stratégique et pour la BMCE et pour le Maroc.

 

Précurseur avec l’ouverture, en 2000, d’un bureau de représentation à Pékin, le Groupe BMCE Bank s’est proposé, au travers de la première édition des China-Africa Investment Meetings, de continuer à œuvrer pour le rapprochement des deux pays( tout de même) en associant des personnalités publiques, gouvernementales, diplomatiques, nationales et étrangères à la déclinaison des contours d’une nouvelle relation entre la Chine et l’Afrique, basée sur la « sincérité, la solidarité, la réciprocité, l’adaptabilité et la valorisation du capital humain », selon les termes avancés dans les travaux.

Au travers de cet événement, a également été rappelé le rôle fondamental joué par le Royaume du Maroc comme plateforme idoine et tremplin pour l’orientation des relations entre la Chine et l’Afrique.

Dans ce sens, il nous importe de nous engager, public et privé, Africains et Chinois, dans une alliance sino maroco africaine qui verrait la mutualisation des moyens du Maroc et de la Chine en faveur du co-développement de l’Afrique Sub-Saharienne. Nos deux pays pourraient ainsi représenter les deux extrémités de la Route de la Soie du 21ème siècle.

Déjà, et avec l’ensemble des composantes des Groupes FinanceCom et BMCE Bank, notre Groupe se positionne comme un conseiller avisé et un intercesseur efficace pour l’accès aux marchés africains.

L’Afrique est des grands paris et un coup de maître pour le groupe BMCE car le continent constitue la vocation naturelle du groupe ; votre vision quant à la façon dont le groupe devrait contribuer au développement d’une Afrique subsaharienne maltraitée mais dont l’avenir est d’une importance stratégique pour l’humanité.

 

Un ‘’coup de maître : votre expression est bienvenue. Nous avons compris assez tôt, comme certains autres précurseurs qui se sont positionnés sur le Continent, que l’Afrique subsaharienne est la nouvelle frontière de développement pour les prochaines décennies.

En effet, le doublement de la population africaine d’ici à 2050, la profonde mutation dans les modes de consommation et le foisonnement démographique, avec l’arrivée à maturité d’une jeunesse pleine d’espoir et de créativité, ouvriront des perspectives de croissance, sans aucune commune mesure avec d’autres régions du globe.

Dans un tel contexte, la mise en place d’une économie sociale et solidaire constitue pour nous une démarche cruciale et un véritable outil d’intégration de l’Afrique dans le monde. Le développement de la micro-finance devrait aussi permettre de réduire significativement la pauvreté en encourageant le développement économique à échelle humaine.

Ultimement, notre objectif est de pouvoir contribuer à l’accélération de l’intégration régionale, de pouvoir créer des ponts entre les pays en finançant notamment des projets transnationaux.

Étant conseiller au « Center for Strategic International Studies » à Washington DC, présidé par le Dr Henry Kissinger et après avoir initié la Fondation BMCE ; votre vision sur comment doit-on envisager de nos jours sur un plan philosophique la responsabilité sociale d’entreprise.

Le Center For Stratégic International Study’s réfléchit à bien des thématiques, en relation avec les relations internationales dans leur dimensions politiques, économiques, sécuritaires et sociétales.

La RSE est une des questions sociétales majeures. C’est un concept né dans les pays anglo-saxons de tradition protestante qui, en substance, considère que toute entreprise, au même titre que tout citoyen, doit être exemplaire vis-à-vis de la communauté dans laquelle elle exerce et, à cet effet, le respect des lois et de réglementations et des règles du ‘’vivre ensemble’’ est essentiel.

Aussi, l’entreprise doit – elle se préoccuper de l’impact de son action sur cette communauté, qu’elle soit locale, nationale ou internationale. Quand elle tire sa richesse de l’interaction avec cette communauté, elle doit être en mesure de « lui en rendre une part », ce que les Anglo-saxons appellent « to give back to the community ».

La Responsabilité Sociale d’Entreprise davantage dénommée la Responsabilité Sociétale d’Entreprise doit, à notre sens et comme nous le pratiquons dans notre Groupe, représenter un axe stratégique majeur de l’action de toute organisation. La croissance et le développement des entreprises ne peuvent être soutenables et durables que si elles recueillent, dans leur interaction avec la ‘’Communauté’’ l’adhésion des ‘’parties prenantes’’, ces parties prenantes étant les pouvoirs publics nationaux ou locaux ou étrangers, les clients, les fournisseurs et les salariés…

En définitive, la RSE doit être envisagée comme une responsabilité aussi prégnante pour une entreprise que la responsabilité de loyauté vis-à-vis de ses actionnaires, d’équité vis-à-vis de ses salariés et d’intégrité vis-à-vis de ses autres parties prenantes.

Cette dimension ‘’RSE’’ – vous le noterez – est désormais très présente dans la restitution des activités des grandes organisations, dans l’appréciation que font les Agences Internationales de notation de leurs performances et, en général, dans celle qui est portée sur la stature et le rayonnement véritables desdites organisations.

La RSE est profondément ancrée dans la stratégie du Groupe, notamment à travers notre Fondation qui aujourd’hui contribue véritablement au développement des communautés rurales soutenues par le budget que lui alloué BMCE Bank, à savoir près de 4% de son résultat brut d’exploitation, ce qui représente une pratique sans précédent dans la région.

Au cœur de l’action de la Fondation BMCE Bank pour l’Education et l’Environnement, est placé le partenariat au service d’une cause qui fonde l’action collective et humaine, ce moule d’apprentissage du savoir et du savoir-vivre ensemble : l’Education et, plus particulièrement l’Ecole.

Le programme construction et de gestion d’Ecoles Rurales dénommé Medersat.Com peut s’enorgueillir d’avoir plus de 200 complexes scolaires et préscolaires en fonctionnement accueillant près de 14 000 élèves encadrés par plus de 400 professeurs.

Nos écoles Medersat.com, partout où elles sont implantées, ont permis aux villageois de bénéficier de l’électricité, de l’eau potable et d’autres actions de désenclavement

La dimension continentale du Groupe BMCE Bank porte ce projet et cette ambition à travers plusieurs pays, après le Sénégal, le Congo Brazzaville et le Mali. Ces actions dans un domaine prioritaire qu’est l’éducation traduit une solide alliance maroco-africaine de lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté et en faveur du développement humain.

Le Maroc et la France ; votre vision et commentaires sur la synergie et projets d’avenir entre le Groupe BMCE et l’environnement économique français.

 

La France, en tant que pays de l’UE et de par son histoire partagée avec l’Afrique doit pouvoir continuer de jouer un rôle proéminent sur le continent. Pour sa part, le Maroc a les moyens de s’intégrer dans cette chaîne de valeur, grâce à la co-localisation, et se positionner comme une véritable plateforme de rayonnement vers le reste du continent.

L’implantation française au nord de l’Afrique, à bien des égards, pourrait ainsi être utilisée pour aller ensemble vers l’Afrique francophone et anglophone.

Dès lors, la mise en place d’un partenariat Afri – France – Maroc permettra de bâtir une relation de co développement pérenne et équilibré.

A ce titre, il conviendrait de cibler les potentialités multiples de l’Afrique et voir comment le couple France – Maroc pourrait y répondre au travers de ses initiatives et ses points forts.

Dernier message aux lecteurs

 

Le Nouvel Observateur, de par la personnalité de son Directeur de Publication, M. Jean-Daniel, a toujours eu un regard aiguisé sur le monde Arabe, le Moyen Orient et l’Afrique.

Les lecteurs de votre magazine sont habitués à la qualité des analyses faites des développements de la région, en même temps que leur publication est enracinée dans la tradition culturelle et intellectuelle française.

Le Maroc a la chance d’être à la confluence de toutes ces influences culturelles européennes, arabes, amazighes et africaines. Les grands Groupes privés financiers comme le nôtre participent à cette confluence de par la multiplicité de leurs activités en Europe et en Afrique pour l’essentiel, et de leur rôle de ‘’passeurs et d’intercesseurs’’ entre la culture occidentale et les cultures arabe et africaine.

Nous sommes, dans le Groupe BMCE Bank, particulièrement heureux de contribuer en répondant à ces questions, à une meilleure connaissance du rôle effectif et potentiel que le Maroc et ses composantes jouent à cet égard.