Omar Elyazghi, Président du Directoire, MEDZ

Omar Elyazghi, Président du Directoire, MEDZ

La MEDZ, qui fait partie du holding CDG, est leader de l’aménagement, de la gestion de parcs industriels, dans le tourisme et l’industrie. Elle a connu un grand succès depuis sa création en 2002. Comment expliquez-vous ce succès ?

 Elyazghi : La vocation de MEDZ est d’accompagner les pouvoirs publics dans la mise en place ou le développement d’infrastructures pour les zones économiques, comme par exemple la Vision 2010 pour le tourisme, à travers le développement d’un certain nombre de zones principalement à Marrakech et dans le nord du pays, à Tanger. A partir de 2005, l’Etat a mis en place la nouvelle politique Emergence qui, dans un premier temps, s’est focalisée sur les métiers de l’offshoring, du nearshoring et de la co-localisation des métiers des services. A partir de là, MEDZ a développé des parcs intégrés de nouvelle génération, à Casablanca dans un premier temps avec Casanearshore qui comprend aujourd’hui plus de 220 000 m² construits. Plus de 22.000 personnes y travaillent avec la présence de multinationales américaines et européennes et bien sûr d’entreprises marocaines de secteurs très variés comme l’informatique, le télémarketing ou bien de l’ITO et BPO.

C’est un très grand succès. Aujourd’hui, cela a permis de créer la destination Maroc par rapport à l’offshoring et d’offrir aux multinationales un réceptacle aux normes mondiales. Casanearshore pourrait être dans n’importe quel pays développé. On est dans ce type de projets, avec bien évidemment des logiques de campus. Etant donné la moyenne d’âge jeune des gens qui y travaillent, la conception s’est faite par rapport bien sûr aux besoins des entreprises, mais aussi des employés afin de pérenniser le fonctionnement. Suite à cela, on a développé Technopolis à Rabat, un concept encore plus large où, toujours avec les pouvoirs publics, on a développé à la fois une zone qui comprend les métiers de services mais également l’éducation avec l’Université Internationale de Rabat qui s’y est installée, et avec la présence d’une composante industrielle dédiée aux industries des nouvelles technologies pour qu’il y ait un écosystème global au sein de cette zone. Encore une fois sur l’offshoring, nous permettons à nos clients de se développer un peu partout au Maroc. Nous avons développé un parc à Fès et également à Oujda. A partir de 2007, l’offshoring a connu un énorme succès. Les parcs que nous avons développés abritent à peu près 50% de l’effectif qui travaille dans ce secteur au Maroc.

Aujourd’hui, nous souhaitons une intégration plus forte avec l’éducation et la formation. Parce que nous avons une montée en charge rapide et des besoins très importants, des formations continues sont nécessaires pour que les clients puissent eux-mêmes répondre aux besoins de leurs clients.

Sur la partie industrielle, en 2007 le Plan Emergence a été mis en place pour développer un nouveau concept qui s’appelle les P2I : des plateformes industrielles intégrées. Ça a commencé avec le projet de Jorf Lasfar dans la région d’El Jadida. Le parc est proche du port de Jorf Lasfar, de la gare, de la grande usine de l’OCP, et du principal producteur d’électricité au Maroc qui est JLEC. Donc c’est un hub industriel relativement important.

 On peut dire que ce projet est un des plus grands ?

 En termes de taille, c’est probablement le plus grand parce qu’il comprend environ 500 ha. Jorf est un véritable succès, d’autant plus qu’il est dédié aux industries lourdes comme la métallurgie, la pétrochimie et la chimie. Ça a permis de sortir les industries polluantes en dehors des grandes villes, et ça permet également aux industriels de gagner en compétitivité parce qu’ils sont proches du port avec une connectivité exceptionnelle puisqu’il s’agit quasiment du  barycentre du pays. Tous ces projets se font en concert avec les pouvoirs publics, on ne fait pas de projets à ce jour dans une logique privé. Même si le terme n’existait pas à l’époque, on est dans des partenariats public-privé ou public-public, parce MEDZ est une société financée par des fonds publics.

 Mais vous faites des projets pour des compagnies privées qui vont finalement en profiter ?

 Notre but sur la partie industrielle c’est d’offrir aux industriels l’infrastructure de base pour qu’ils s’installent le plus rapidement possible selon leurs prérogatives et l’avantage compétitif qu’ils souhaitent avoir par rapport à chaque région. A partir de 2007, nous avons commencé à travailler sur les zones franches dédiées aux métiers mondiaux, principalement l’automobile et l’aéronautique. Nous avons développé deux grandes zones franches, une dans la région de Kénitra dans le Gharb, qui s’appelle Atlantic Free Zone dont les travaux ont été entièrement terminés en 2012. Aujourd’hui en 2014, elle compte déjà plus de 14 entreprises installées qui ont créé 10 000 emplois directs. Dans le secteur automobile ce sont pour la plupart des multinationales multimarques qui travaillent avec tous les constructeurs mondiaux sans exception. Nous offrons à ces industriels un espace d’accueil où ils peuvent répondre rapidement aux besoins de leurs clients que ce soit dans le secteur du câblage, l’électronique ou les pare-brises, comme pour l’installation de Saint-Gobain.

Dans ces parcs, il y a le guichet unique, une prise en charge du client de bout en bout par MEDZ directement et par nos équipes qui y sont dédiées. Pour l’aéronautique, nous avons Mid-Parc à Nouaceur. Il a été développé à proximité de l’aéroport de Casablanca et abrite déjà Bombardier, l’un des principaux acteurs du secteur de l’aéronautique. Ces projets sont allés très vite. Mid-Parc a été conçu en 2011, lancés en 2012 et est opérationnel aujourd’hui. Encore une fois, c’est toujours grâce à l’étroite collaboration avec le Ministère de l’Industrie, le Ministère des Finances et d’autres acteurs publics.

 Comme Le Ministère de l’Urbanisme…

 Tout à fait, ils sont partie prenante en amont des projets. Nous étudions avec les pouvoirs publics quel est le meilleur endroit pour installer un parc dédié à une activité définie, soit par rapport à l’importance de la logistique, des ressources humaines, des capacités électriques ou du port, etc. Aujourd’hui, on s’installe un peu dans cette logique-là même si nous avons élargi notre champ en développant des zones industrielles dans des régions avec moins de tradition industrielle comme à l’Oriental par exemple. De ce point de vue, nous sommes plus dans l’aménagement du territoire et dans l’équité régionale économique en offrant une infrastructure dans des régions qui n’étaient pas à vocation industrielle pour que la PME industrielle démarre. Nous avons Oujda, Berkane et Selouane dans la région de l’Oriental qui vont dans ce sens-là.

 La MEDZ s’est développée dans tellement de secteurs. Est-ce qu’il est complexe et difficile d’être à la hauteur dans tous ces secteurs ? Quel est le secret de la MEDZ?

 Nous considérons que nous avons deux métiers importants : la conception, l’aménagement et le développement des parcs d’un côté et la gestion de ces parcs de l’autre. Pour chaque secteur d’activité nous faisons appel à de l’expertise sectorielle. Nous avons l’expertise par rapport à l’identification des sites, sa conception, son optimisation et son aménagement de sorte que tout se déroule très professionnellement dans les standards internationaux. Quand un industriel international vient dans l’une de nos zones, il doit retrouver les mêmes choses qu’il trouve ailleurs.

 MEDZ est donc le partenaire indispensable pour un investisseur qui vient ici. 

 Mais pas les seuls. Au nord du Maroc, TMSA a un certain nombre de zones industrielles logiquement intégrées avec le port de Tanger. Sur tout le reste du territoire nous sommes les plus importants. Nous ne sommes pas un passage obligé mais presque incontournable. A travers tous ces parc, l’idée est d’offrir aux industriels des produits à la carte qui s’adaptent à tous les besoins.

Quant aux chiffres, nous avons permis la mise sur le marché de plus de 1.000 ha de terrains viabilisés pour l’industrie. Nous avons facilité le développement de 300 000 m² de bâtiments pour l’offshoring et pour les services. Pour certains clients, nous avons également construit des usines à hauteur de quasiment 180 000 m².

 Après le plan Emergence quelles sont les attentes avec la nouvelle stratégie industrielle ? Que diriez-vous de l’agrobusiness par exemple ?

 Sur la partie agrobusiness, nous avons développé avec le Ministère de l’Agriculture 3 grands parcs, deux dédiés à l’agroalimentaire, et un dédié aux produits de la mer à Agadir. Nous avons mis en place des zones qui répondent aux besoins et aux contraintes des secteurs de l’agroalimentaire, tels que la proximité aux grandes fermes et une connexion logistique importante. Par exemple à Agadir, il était important d’être à côté du port, pas loin de la production et de la pêche qui vient principalement du sud du Maroc. Agropolis à Meknès est dédié à l’agroalimentaire parce que c’est l’un des bassins les plus fertiles en termes de production agricole

Notre but est que le foncier ne soit plus une contrainte pour le développement industriel du Maroc. La contrainte du foncier n’existe plus pour les multinationales qui veulent s’installer : elles ont les hectares et des localisations partout dans le pays, toutes avec les mêmes standards internationaux.

Nous nous disons que nous avons fait le ‘hard’. La deuxième étape, le “soft”, est de faire en sorte que nos zones deviennent des clusters où il y ait un échange de savoir-faire entre l’industrie et la formation.

 Dans quelle mesure tous ces parcs vont contribuer à la création des écosystèmes dont parle le Ministre Elalamy? 

 Dans notre stratégie de commercialisation, nous essayons d’abord d’avoir comme clients des locomotives, des grands opérateurs industriels qui, par leur taille et leur force de frappe, ont besoin d’un certain nombre de sous-traitants locaux.

Je vous donne un exemple sur Kénitra. Aujourd’hui, les premiers clients dans l’automobile sont des fournisseurs de l’industrie automobile de premier rang. Ensuite arrivent les clients de rang 2, ce sont les fournisseurs de ces fournisseurs

Au parc de Ljorf, cette locomotive serait OCP. Donc ces écosystèmes se font naturellement une fois que le principal opérateur est là. C’est un peu ce qui se passe sur le secteur automobile avec la présence de Renault, qui a fait en sorte qu’il y ait un tissu de fournisseurs qui se soit développé tout autour dans la région de Tanger, et même ailleurs comme à Kénitra, Casablanca….

Et ensuite viennent les fournisseurs de niveau 3. Cette dynamique réduit les frais de logistique et permet le travail en flux tendu grâce à la proximité. Ce processus prend du temps mais s’accélère chaque fois qu’un gros opérateur arrive. Dans l’automobile et l’aéronautique, on est dans ce schéma-là.

On commence à l’être dans certains métiers de l’agroalimentaire comme les engrais. Dans l’agroalimentaire, on a investi à peu près 1,2 milliards de dirhams. L’Etat a beaucoup investi pour développer une agriculture à forte productivité. Notre idée c’était que l’infrastructure soit déjà là pour que quand les grands agriculteurs penseront à aller plus en aval, elle ne soit pas un frein. Je pense que ça se consolidera à partir de 2015/2016.

 En effet, l’automobile et l’aéronautique sont devenues la carte de visite du nouveau Maroc. Quels autres secteurs ont un fort potentiel?

 Les énergies renouvelables sont un secteur qui va connaître une forte croissance même sur le plan industriel. Aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas parce que le projet ne fait que démarrer, mais au moyen terme, nous verrons une bonne présence industrielle  dans ce secteur.

Par ailleurs, je suis convaincu que l’agroalimentaire va se développer par rapport aux produits de la mer, des produits agricoles purs puisque grâce aux plans de l’Etat le manque de matière première ne sera plus un problème Dans les agrumes, il y a eu une explosion des volumes sur les deux dernières années. Aujourd’hui le Maroc ne vend pratiquement que du frais. Demain nous industrialiserons une partie de la production.

Certains métiers qui ont connu une petite baisse comme le textile pourront très rapidement être  revigorés du fait de la proximité des grands donneurs d’ordre européens tels que Zara. Ils travaillent à flux tendu et sont proches. Ils ne vont pas attendre 2 semaines pour recevoir…

 C’est un écosystème qui est sur le point d’éclore. Il va donner un nouvel élan l’industrie textile marocaine. 

Tout à fait. C’est le gros challenge au niveau du Ministère de l’Industrie. Mais je pense que tous les mécanismes sont mis en place pour que ça puisse décoller.

Sur la partie offshoring, on considère que d’ici 2020, il y aura au minimum 60 000 emplois supplémentaires qui vont être créés, principalement dans des métiers à valeur ajoutée. Aujourd’hui, il y a un effort qui est fait sur la partie éducation et formation en suivant ce qui s’est fait par exemple en Inde sur ces métiers-là, avec des systèmes de formation adéquats, pour des ingénieurs adaptés aux besoins du marché.

 Le Maroc se positionne comme hub entre l’Europe et l’Afrique et à dimension continentale. Est-ce que pour la MEDZ c’est une opportunité dans le sens où il y aurait possibilité d’exporter le modèle ailleurs?

 Clairement. Comme je l’ai dit, on accompagne les pouvoirs publics. Il y a une volonté de Sa Majesté pour qu’il y ait un développement important en Afrique. MEDZ a complètement adopté cette stratégie. Nous avons déjà signé un certain nombre d’accords avec 4 pays en Afrique, on est en discussion avec d’autres. L’idée aujourd’hui est d’exporter le modèle MEDZ dans un certain nombre de pays dans une logique de co-développement, à la fois pour que ces pays-là profitent des erreurs que nous avons eu à corriger, de façon à aller plus vite encore, et aussi pour permettre une intégration plus forte entre les opérateurs, à la fois marocains et européens, dans ces pays-là. Il va y avoir une complémentarité entre l’approche que fait le Maroc vers un certain nombre de grands pays européens qui sont déjà bien implantés, et également vers des pays asiatiques qui sont très bien implantés en Afrique. Ceci permet à notre niveau de consolider les relations logiquement entre les pays, et qu’il y ait plus d’échanges au niveau de l’industrie et du service. Pour nous, c’est très important parce qu’à ce moment-là, les industriels marocains ou internationaux pourront, à partir du Maroc et à travers MEDZ, avoir accès à de l’infrastructure, que ce soit en Guinée, au Gabon ou d’autres pays. L’approche c’est d’offrir ce qu’on a fait au Maroc et faciliter l’implantation industrielle, toujours dans une logique de co-développement, parce que chacun aura une spécialisation et on pourra tous en profiter en Europe, au Maroc et dans ces pays, principalement en Afrique de l’Ouest où on se focalise aujourd’hui, avec la possibilité peut-être d’aller plus loin. On ira doucement, même si on est culturellement très proches. Il y a une connaissance de l’économie qui doit être plus approfondie dans les modes opératoires.

 Est-ce que les opérateurs économiques, en l’occurrence français, ont conscience du rôle de la MEDZ et des possibilités de synergie économique entre les opérateurs économiques français et ailleurs?

 A ce jour, on ne l’a pas encore abordée, mais il est clair qu’une fois qu’on sera plus avancés sur les projets dans un certain nombre de pays, on s’ouvrira d’abord à notre clientèle internationale qui est au Maroc, qu’elle soit française ou autre. Ceci, afin de voir comment on peut faire un hub et que MEDZ puisse aussi faciliter leur présence dans ces autres pays. Nous nous tournerons également vers les opérateurs marocains afin de voir comment et quand ils souhaitent investir ou faire des expansions à l’international dans un certain nombre de pays . Nous pourrons leur faciliter l’entrée dans ces pays-là.

 Pour finaliser, je vous demanderai un dernier message pour nos lecteurs du Nouvel Observateur et des 27 médias dans lesquels nous allons publier notre reportage. Nous allons atteindre un potentiel de lecteurs de 12,5 millions, ce qui est considérable. Je pense que c’est la première fois dans l’histoire de la communication du Maroc que l’on propose un potentiel aussi élevé. Ayant cette perspective en tête, qu’est-ce que vous leur diriez? Un dernier message sur le Maroc?

 En fait, ce que le Maroc est en train de faire est complémentaire avec ce qui se fait en Europe. MEDZ, à sa petite échelle, permettra de faire du co-développement, ce qui permettra, à la fois au Maroc et en Europe et par la suite en Afrique, de résoudre le principal problème qui touche tous nos pays : l’emploi. Parce que la finalité c’est l’emploi, et elle ne pourra être atteinte qu’avec des logiques de co-développement et de complémentarité.