Mustapha Moucharik, Directeur Général de Broychim

Mustapha Moucharik, Directeur Général de Broychim

Interview avec M. Mostapha Moucharik, directeur général de Broychim, pour Nexus / Le Nouvel Observateur- Dossier Maroc

Que représente Broychim dans l’échiquier des compagnies minières au Maroc ?

Moucharik: Tout d’abord, Broychim est une société minière créée en 1982 dont la spécificité est la micronisation du carbonate de calcium, la barytine, et la calcination du zinc. Aujourd’hui, je peux dire que Broychim couvre environ 80% du marché de barytine au Maroc.

Donc vous êtes le leader incontestable avec 80% des parts de marché…

Exactement. Je l’avoue sans complaisance. Aussi, il faut remarquer que nos exportations génèrent une partie importante de notre chiffre d’affaires qui se situe entre 500 et 600 millions de dirhams par an.

La barytine est très demandée et appréciée sur les marchés internationaux. Quel est le pourcentage de votre production consacrée à l’export ?

On peut dire que 80% voire 90% de notre production annuelle est consacrée à l’exportation.

Le zinc et la barytine sont des minerais importants. Quelle est la position de ces deux produits dans l’ensemble du secteur minier marocain sachant que le Maroc est déjà leader mondial dans le phosphate ?

Après les phosphates et les métaux précieux, métaux non ferreux, la barytine arrive en quatrième position de l’ensemble des minerais marocains exportables et exportés.

Quel est l’usage et l’importance de ces minerais, notamment la barytine, pour l’industrie ?

La majorité de la demande provient des secteurs industriels pétrolier et automobile. Cependant, l’origine de la demande est très diversifiée car les besoins en barytine touchent de nombreux secteurs phare de l’économie marocaine, telle que la construction de port, centres d’oncologie pour ne citer que deux exemples. Mais, pour être très précis, je dirais que 90% de la consommation à l’échelle mondiale est dédiée au forage de pétrole.

Quel est le classement du Maroc en tant que producteur mondial de barytine ?

On est classé numéro 3 juste après la Chine et l’Inde. Il y a cinq ans, on était cinquième. Mais, aujourd’hui, notre pays est derrière l’Inde (classé n°2). Mais pour être clair et précis, il est préférable de parler en termes de tonnage de production : la Chine produit 3 400 000 tonnes par an, l’Inde 1 400 000, et le Maroc, atteindra 1 million de tonnes de barytine cette année.

Le Maroc est par conséquent un producteur indispensable pour les marchés internationaux ?

Absolument. Et nous, en tant que membres de l’Association Internationale deBarytine, restons très actifs dans le drainage de toute information qui puisse être utile à l’essor et à l’image de l’économie marocaine. Dans ce sens, et je dirai même, Broychim, aujourd’hui, est devenu célèbre dans le secteur minier mondial grâce à la barytine. Le Maroc est un producteur très important et les prévisions sont très optimistes. Dans moins de deux ans, nous allons remonter et peut-être accéder au rang de 1er producteur mondial. En tous les cas, nous pouvons devenir facilement le 2ème pays producteur de barytine, et en cela dépasser l’Inde.

Quelle est la clé de cette croissance? Est-ce lié à un plus grand nombre de prospections et de gisements découverts et disponibles?

Tout est relatif à la demande. Quel que soit le produit, quand on est face à une forte demande, nous sommes obligés de répondre favorablement à cette dernière. Dans ce cas, seules les mines rentables économiquement seront ré-ouvertes.

La barytine est un minerai utilisé pour les forages pétroliers. Or, on aurait atteint un certain zénith du pétrole. Ce fait ne serait pas en contradiction avec la hausse de la demande dont vous faites mention ?

Effectivement, cela peut avoir l’air contradictoire mais ce n’est qu’au prime abord. La hausse de la demande en barytine est relative à la recherche de pétrole, et non à sa production. Face à une demande croissante alors que même cette matière première devient de plus en plus difficile à trouver, une vague de forages sans précédent a été déclenchée dans beaucoup de régions du monde. Donc, plus de forages est égal à plus de demande de barytine. De plus, le potentiel de demande en barytine reste prometteur dans les régions encore inexploitées.

Comme vous venez d’expliquer il est clair que c’est l’heure de gloire de la barytine et pour Broychim, il s’agirait d’une opportunité commerciale historique très importante. Comment décririez-vous le moment que vit Broychim et quelles sont les perspectives à moyen terme?

Le Moyen-Orient représente la région pétrolière par excellence. Nous avons reçu, nous recevons et allons recevoir encore des volumes de commandes considérables. Vu la taille des champs pétroliers et l’accroissement de la demande, Broychim ne peut que se satisfaire de son essor. L’avenir est tout aussi prometteur puisque nous envisageons, sur les 3 prochaines années, une augmentation de 10% par an de notre chiffre d’affaires. C’est en effet, je peux l’affirmer, remarquable !

Quels sont les clients directs d’une compagnie comme Broychim ? Les grands opérateurs ?

Nous n’avons pas de relation directe avec les producteurs comme Shell, Total ou Repsol…, mais avec les sociétés prestataires de services comme Halliburton, Schlumberger, ou encore Baker Hughes.

Vous avez parlé de 10% de perspectives de croissance ? Seulement concernant la barytine, ou dans l’ensemble de Broychim?

Pour la barytine, élément phare de notre société. Mais il y a également le zinc, le carbonate de calcium et la calcite. En ce qui concerne le zinc ou plus précisément la production de calamine, la demande est là, mais l’exploitation est plus problématique du fait de la rareté des gisements et de la complexité technique de sa production. Il y a quelques gisements dans la région d’Errachidia mais les quantités produites demeurent réduites.

Que représentent le zinc et la barytine dans le chiffre d’affaire de la compagnie?

Le zinc représente approximativement 15% du chiffre d’affaires, le reste étant assuré par d’autres minerais comme barytine…..

Vous opérez sur des gisements dans le pays?

Nous avons des permis miniers de recherche et d’exploitation. Et malgré cela ne couvre pas notre demande en barytine et nous continuons toujours à acheter cette matière et ce entre 400 000 et 500 000 tonnes par an.

Sur un plan de performance technologique et de compétitivité, quelles sont les méthodes utilisées pour produire et broyer la barytine et le zinc ? Vous employez des méthodes traditionnelles, ou au contraire cela nécessite de technologies avancées pour rester compétitif?

La production, le traitement et le broyage de la barytine ne nécessitent pas une technologie très avancée. Pour le marché du pétrole, on broie directement de la barytine sans traitement .Par contre, pour être traitée, elle nécessite tout simplement le jiggage+ lavage. Mais il faut des méthodes plus sophistiquées pour obtenir de la barytine blanche dédiée au marché de la peinture marine ou anti-corrosion

C’est une peinture qui grâce à la barytine apporterait des qualités concrètes ?

Exactement. La barytine blanche, c’est-à-dire traitée, entre dans la composante de nombreuses peintures disponibles sur le marché et offre un très bon isolant pour les bateaux. En revanche, pour le marché du pétrole, c’est la densité qui compte, et cette norme de densité est de 4,20 en mètres cubes.

Le secteur minier marocain de par toutes les voix qui le représentent, la FDIM, le Ministère de l’Energie ou encore des groupes miniers opérant dans le pays, serait en train de vivre une transformation avec objectif de le moderniser et de le rendre compétitif et attrayant et pour les compagnies marocaines et les investisseurs. Quel est le point de vue de Broychim à l’égard des changements que vit ce secteur ?

Le secteur est sur la voie d’être mieux régulé et harmonisé.

Que peut apporter la nouvelle loi sur les mines qui sera promulguée dans un futur proche et dont bénéficieraient éventuellement les compagnies privées ?

Cette nouvelle loi va permettre de dynamiser le secteur minier. Avec la nouvelle notion d’autorisation d’exploitation, la loi autorisait l’exploration de grandes superficies mais certaines compagnies ou détenteurs de licences d’exploitation n’avaient ni un personnel suffisamment compétent, ni la technologie adéquate. Au final, ils ne pouvaient pas utiliser cette autorisation d’exploitation comme il aurait été souhaitable de le faire. Désormais, grâce à cette nouvelle loi, les conditions d’exploitation minière sont très encadrées.

Maintenant avec la nouvelle loi il faudra véritablement démontrer que vous avez les compétences…

Tout à fait. Il s’agit fondamentalement d’une question de compétences. Lorsqu’il faut gérer une superficie couvrant entre 100 et 600 km², il faut procéder étape par étape. Heureusement, la nouvelle loi ou nouveau code minier apporte une nouvelle vision et cette restructuration oblige d’avoir de vraies compétences, pour pouvoir ainsi développer tout le potentiel du secteur.

Le nouveau code contribue-t-il à libéraliser le secteur… ? Et quelles nouvelles opportunités apportera-t-il à une compagnie comme Broychim ?

Je ne parlerai pas de libéralisation, mais plutôt de restructuration. Mais bien sûr, ce nouveau cadre structurel va offrir plus d’opportunités aux acteurs privés qui ont les moyens suffisants pour répondre à ces objectifs, comme tel est le cas de notre compagnie. La nouvelle loi abolit certaines pratiques comme l’écrémage qui consistait à n’extraire d’un filon de barytine que ce qui était visible à l’oeil nu sans investir dans des puits ou des galeries pour approfondir l’exploitation. En l’absence de moyens et de compétences suffisantes. Le nouveau code va permettre de faire la distinction entre les vrais et faux opérateurs, et de faire barrage aux spéculateurs. Seul, celui qui a les capacités financières et techniques pourra en assumer l’exploitation.

Aujourd’hui, Broychim a une vision claire, nette et précise des opportunités qui lui sont données et entame une politique d’exploitation des métaux non ferreux comme les gisements polymétalliques. Nous travaillons déjà sur le montage de la structure financière et technique pour lancer une unité de flottation de cuivre.

Cela étant un tout nouveau projet pour Broychim…

Absolument. Cela fait partie de nos prochains chantiers. Nous sommes en train de chercher la plateforme adéquate tout en tenant compte de l’environnement, des frais d’approche et aussi de l’emplacement. Par exemple, lorsque l’extraction d’un minerai de cuivre ne dépasse pas une teneur de 2 à 4%, le transport doit s’effectuer dans un rayon de 100km sinon il n’est plus rentable. Les frais d’approche impactent beaucoup le prix de revient du cuivre. Par conséquent, la proximité est importante pour le transport et la desserte. Nous envisageons l’installation prochainement d’une unité de flottation pour les métaux non ferreux par autofinancement et suivant le même process que la barytine. Nous allons acheter du plomb, du cuivre, du zinc pour constituer un stock de sécurité et de garantie la production supplémentaire pour notre usine. Cette installation suppose un investissement dépassant les 5 millions d’euros. Ensuite, nous devrons poursuivre cette politique d’investissement dans les domaines de la recherche, la géophysique, et la géochimie. Cette opération devra se faire à proximité des gisements pour réduire les frais. De la réussite de ce projet dépend une étude et une planification très pointues.

Quand est-ce que ce projet verra le jour?

J’espère bien dans un an et demi.

Quel marchés considérez-vous desservir? Bien sûr le marocain…

Grosso modo toute l’Europe.

En brut et en produit fini ?

Nous exportons en brut et en produit fini. Pour le cuivre, ce n’est pas du brut, seulement du concentré de cuivre à 30, 35 à 40%. Par contre, on ne produit pas de lingots car l’investissement est trop colossal.

En tout cas, le marché du cuivre est un marché très important. La demande est phénoménale alors qu’en même temps, sa pénurie génère des pratiques de vol dans beaucoup de villes d’Europe…

C’est exact, mais à cela il faudrait rajouter le fait incontestable des cours du cuivre qui montent en flèche. Le marché du cuivre demeure hautement bénéfique.

Par contre, nous ne savons pas encore quel est le potentiel des parts de marché pour notre compagnie à l’égard de ce nouveau projet et produit, car nous sommes encore en pleine étude, et cela va dépendre aussi des réserves disponibles. Mais cette option va représenter une source de diversification importante pour Broychim.

Est-il complexe pour une compagnie comme Broychim de nos jours de se positionner sur les marchés internationaux?

Vous savez, Il n’y a pas de secret. Nous veillons toujours à livrer la meilleure qualité, et pour réussir nous nous imposons des normes de contrôle très strictes. Bien sûr, le prix est toujours un paramètre capital pour rester compétitif sur les marchés. Mais il est important de considérer des compagnies comme des confrères, et non pas comme des concurrents. Dans ce sens, nous communiquons beaucoup entre nous, et nous nous entendons très bien. Chacune a sa part du marché à l’export, et chacune compte sur son propre portefeuille de clients qu’elle cherche à préserver en lui donnant entière satisfaction. Le grand cheval de bataille pour Broychim aujourd’hui c’est la livraison, la disponibilité des minerais, la qualité et la capacité. Ces trois volets sont les plus importants pour rester compétitif et être leader sur le marché.

Broychim s’ouvre- t-il à des accords avec des compagnies étrangères, dans le cadre d’une joint-venture (JV) concernant les nouveaux projets que vous avez évoqués ?

Une JV serait envisageable afin de pouvoir accéder à des technologies très avancées difficilement atteignables pour Broychim aujourd’hui ; pour cela nous restons très ouverts. En revanche nous ne sommes pas intéressés par des JV orientées vers des financements provenant d’entités de capital risque ou de bailleurs de fonds. Cela reste hors de question pour l’instant.

La nouvelle unité de cuivre et les élargissements des opérations que vous avez expliqués seront par conséquent 100% financés par Broychim ?

C’est exact !

Quel est le dernier message que vous donneriez-vous aux lecteurs français et francophones qui connaissent peu le secteur minier marocain que vous avez représentezdurant cette interview ?

Tout d’abord, je leur souhaite une bonne lecture. Ensuite je me permettrais de conseiller ou plutôt d’orienter les personnes qui investissent et achètent des actions de le faire dans le secteur minier. Il s’agit d’une filière très porteuse à court et long terme qui générera des bénéfices vraiment très importants pour les petits investisseurs. Je leur souhaite tout simplement bonne chance.