Moulay Hafid Elalamy, Ministre de l’Industrie et du Commerce

Moulay Hafid Elalamy, Ministre de l’Industrie et du Commerce

Quels seraient les résultats à l’heure d’aujourd’hui de la nouvelle stratégie industrielle qui a été lancée au mois d’Avril 2014?

Ministre Moulay Hafid Elalamy : Nous sommes sincèrement très satisfaits de la dynamique qui a été mise en place. Nous nous attendions à un démarrage difficile. Or, les opérateurs nationaux ont immédiatement répondu favorablement, et ils sont immédiatement rentrés dans la logique des écosystèmes. En effet, nous avons déjà procédé, en partenariat avec les fédérations professionnelles, à la structuration de filières intégrées dans la perspective de développer des écosystèmes performants et nous avons décroché des contrats importants à l’international.

En moins d’un an, c’est assez remarquable…

Absolument, ce processus s’est déclenché de façon étonnante, et je suis moi-même assez impressionné par la rapidité avec laquelle notre programme industriel a été accueilli. Je ne peux que me réjouir de l’étroite collaboration entre mon Département et le secteur privé qui a abouti à la co-création de projets d’écosystèmes. Les fédérations qui ont d’emblée adopté l’approche ont déjà développé du business à l’international de façon remarquable. Dans les secteurs aéronautique et automobile, les chiffres sont tout simplement impressionnants. Le textile les talonne de près ; s’il n’a pas encore fini l’implémentation du processus, il est déjà en train d’opérer une révolution dans sa démarche. Honnêtement, la restructuration de l’économie marocaine autour de locomotives et d’écosystèmes dans les différents secteurs donne plus de résultats que je ne pouvais l’espérer.

Quels autres écosystèmes en particulier ont suivi cette avancée ? Vous avez mentionné l’automobile et l’aéronautique mais il y a celui de l’OCP dont on en a beaucoup parlé ces derniers mois.

L’OCP est déjà un écosystème. Nous avons travaillé beaucoup avec eux sur cet aspect afin de trouver la meilleure forme d’organisation du « système OCP ». Nous sommes totalement engagés dans une réflexion profonde avec cette institution. Là aussi, c’est un travail remarquable qui a été fait par le Ministère que je représente et toute son équipe.

Quelles avancées en terme de création d’emplois pouvez-vous constater depuis le lancement de la Nouvelle Stratégie Industrielle il y a presque an un ?

Je peux vous dire que les avancées sont palpables et mesurables. Dans le secteur de la construction et des transports, des engagements clairs et vérifiables ont été pris à l’égard de la création d’emplois. Des démarches efficaces, avec une restructuration entre les grandes et les petites et moyennes entreprises autour d’une dynamique nouvelle se créent dans tous les secteurs.

Est-ce qu’en France et dans les pays francophones, il y a conscience de cette Nouvelle Stratégie Industrielle, en l’occurrence parmi les PME françaises à vocation exportatrice?

Je ne pense pas. En revanche, je sais que les grandes entreprises et quelques CEO avec lesquels j’ai été moi-même en contact ont pris conscience de cette nouvelle dynamique et ils y adhérent totalement surtout depuis la concrétisation de commandes. Mais de manière générale, je pense que la majorité des acteurs économiques européens n’ont pas encore saisi l’ensemble du potentiel et des opportunités dont recèle cette nouvelle stratégie industrielle.

Faut-il faire un effort afin d’attirer ce tissu industriel européen clé formé de PME, colonne vertébrale de l’économie ?

Tout à fait. Je pense qu’il est essentiel pour ces entreprises d’avoir une alternative à leur capacité d’améliorer leur compétitivité. Je les invite vivement à procéder à une analyse objective et à inclure dans leurs tableurs de calcul une colonne Maroc en établissant une comparaison par rapport aux opportunités et avantages offerts par d’autres pays ou régions. Je pense qu’ils pourront percevoir des opportunités intéressantes à considérer.

Un appel aux PME pour venir au Maroc est précisément un des objectifs de notre reportage. Quel message donneriez-vous aux lecteurs français et francophones qui vont lire le reportage ?

Mon avis est simple : il est important de regarder les transformations qui se passent dans le monde. Rien n’est jamais figé. Il y a quelques années, lorsque tout le monde sous-traitait en Chine, personne n’imaginait qu’un jour ce pays allait décider de changer sa compétitivité en augmentant fortement ses salaires et en créant une demande intérieure forte. Aujourd’hui, cette donne a changé. Deuxièmement, de nouveaux hubs se sont installés dans différentes régions du monde. Le Maroc en est un pour l’Afrique. Troisièmement, il y a des métiers qui ont évolué tels une tectonique des plaques. Si un chef d’entreprise regarde exclusivement le rétroviseur, il se dira que la Chine est l’unique usine du monde, il se dira aussi que seuls des pays très développés sont capables d’avoir des industries dans les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile ou dans l’énergie renouvelable, etc. Or, aujourd’hui, vous retrouvez des pays comme le Maroc, qui ont décidé de miser sur l’énergie renouvelable en se fixant comme objectif d’ici 2020, d’assurer 40% de sa production électrique à partir des énergies renouvelables. Ce qui est quand même remarquable. Vous retrouvez, également dans le Royaume, une plateforme d’aéronautique de premier plan avec plus d’une centaine d’opérateurs dont beaucoup de PME venues de destinations diverses. Ces PME sont souvent très innovantes et compétitives. Elles sont à la recherche de niches d’ingénierie très spécifiques mais à grande valeur ajoutée. Leurs ingénieurs apportent leur expertise, leur savoir-faire et leur créativité pour développer des métiers de pointe. Je peux affirmer que plusieurs d’entre elles ont trouvé leur bonheur dans cette économie. Donc, ces changements dans le monde incitent les opérateurs, dont moi-même j’ai fait partie pendant une partie de ma vie, à se délester des certitudes. Le monde bouge et change très vite. Nos convictions devraient s’adapter au rythme de cette évolution. En conséquence, j’invite les opérateurs, petits et grands, à regarder l’économie marocaine avec plus d’acuité, ils y découvriront certainement des pépites qui leur seront utiles.