Maroc: l’économie informelle prend du poids (www.usinenouvelle.com, 8/6/2016)

Maroc: l’économie informelle prend du poids (www.usinenouvelle.com, 8/6/2016)

“Nous assistons à une petite dérive vers l’informel. On l’a constatée”, a reconnu Moulay Hafid El Alamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, jeudi 2 juin. Un constat fait dans le cadre du colloque “Quel modèle de développement pour l’entrée du Maroc dans le concert des pays émergents ?”, organisé par le ministère de l’Economie et des Finances à Skhirat, au sud de Rabat.

Le secteur de l’informel n’a en fait jamais cessé de croître au Maroc. Déjà en 2007, dans l’unique étude statistique du phénomène, le Haut-Commissariat au plan (HCP) écrivait : “le nombre d’unités de production informelles s’est élevé à 1,5 million, soit une création nette de 320 000 unités en l’espace de 8 ans ou l’équivalent de 40 000 unités par an.”

Cette fois, cependant, il ne s’agirait plus de jeunes ou d’anciens salariés devenus chômeurs mais de très petites entreprises qui déclaraient leurs activités par le passé et qui ont cessé de le faire.

Une partie de l’industrie nationale est structurellement dans l’informel

“Une partie de l’industrie nationale est structurellement dans l’informel, mais nous assistons aussi à un passage du secteur formel vers l’informel”, confirme Moulay Hafid El Alamy (photo ci dessous). Inquiétant pour le modèle de développement du Maroc.

En dévoilant l’existence de ce glissement, le ministre reconnaît le bien fondé des inquiétudes du patronat marocain. “Le problème n’est pas dans le vendeur ambulant, mais dans l’origine des produits qu’il vend ! Notre industrie est étouffée par la contrebande et par les produits qui n’intègrent dans leurs coûts ni impôts, ni charges sociales. L’informel […] fait peser un grand danger sur notre tissu productif. Il faut agir et vite !”, s’est exclamée Meriem Bensalah Chaqroun, présidente de la CGEM lors du colloque.

Pour le chef du gouvernement, il est au contraire urgent de temporiser. “Certes, il y a des imperfections dans notre système, mais il s’agit d’une politique adoptée en 2011 pour éviter une révolution. Si on demandait à toutes les entreprises de se déclarer, nous aurons la moitié de la main d’œuvre dans la rue. La conjonction de ce qui est nécessaire et de ce qui est légal est difficile. La donne a certainement changé mais nous ne pouvons pas tout bouleverser”, a insisté pour sa part Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement et leader du parti islamiste modéré PJD qui domine la coalition au pouvoir issue des élections de fin 2011.

De fait, au printemps 2011, alors que le Maroc assiste stupéfait à la révolution tunisienne, le ministère de l’Intérieur publie une circulaire pour interdire aux forces de l’ordre de lutter contre le commerce ambulant. Il représentait en 2007 plus de 18% de l’emploi dans le secteur informel. L’Intérieur craint alors un “Bouazizi” marocain tandis que la presse fait déjà le décompte sordide des immolations ; elles resteront sans conséquences.

Depuis, le ministère de l’Intérieur et celui de l’Industrie et du Commerce ont préparé un programme national de restructuration des marchands ambulants. Son lancement, en mars 2015, a pourtant avorté car le roi l’aurait jugé insatisfaisant. Il n’en a plus jamais été question depuis.

statut d’autoentrepreneur

Au lieu de cela, le ministère de l’Industrie a lancé à l’automne 2015 le statut d’autoentrepreneur dans l’espoir de voir certains travailleurs indépendants du secteur informel se déclarer à la faveur de ce statut simplifié.

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