L’industrie agro-alimentaire cherche sa voie

L’industrie agro-alimentaire cherche sa voie

Les exportations de produits agro-alimentaires marocains ont augmenté de 50% entre 2008 et 2013, passant de cinq milliards de dirhams (447,3 millions d’euros) en 2007 à près de 7,5 milliards (670,9 millions d’euros) en 2013, selon le dernier rapport sectoriel de la Direction des études et des prévisions financières du ministère marocain de l’Economie et des Finances, publié en juillet 2014.

Près d’un quart de ces produits est destiné à la France, notamment les conserves de légumes, les produits pour animaux, les conserves de fruits, les huiles végétales et les boissons alcoolisées. Derrière la France, les principaux destinataires de ces produits transformés sont les Etats-Unis, l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg, l’Italie et la Guinée.

L’étude souligne cependant que dans la filière oléicole, le Maroc est passé de la sixième à la dixième place parmi les fournisseurs mondiaux d’huile d’olive, avec une part de marché oscillant entre 0,5% et 4% au cours des 10 dernières années.

De plus, une étude plus récente, publiée au printemps 2015 par la Fédération nationale de l’agro-alimentaire (FENAGRI) et l’Office des changes révèle que la balance commerciale des produits agro-alimentaires, qui était excédentaire en 2004, est devenue déficitaire en 2014. L’excédent de 2,4 milliards de dirhams en 2004 est devenu un déficit du même montant dix ans plus tard, principalement en raison des importations réalisées par les industries des huiles et du sucre, qui ont plus que triplé.

Les exportations de produits agro-alimentaires constituent 12% des exportations industrielles totales (à 13 milliards de dirhams) alors que le secteur représente 30% du tissu industriel national.

Ce rapport souligne que le Maroc n’a pas encore effectué sa mutation dans ce domaine-clé et qu’il continue d’exporter les mêmes produits vers les mêmes marchés, essentiellement l’Europe (51,4% des échanges commerciaux). Aujourd’hui, la Turquie est devenue le principal fournisseur de l’Europe et a augmenté ses exportations de 49% en seulement cinq ans, de 2009 à 2014.

De plus, la signature de nombreux accords de libre échange (ALE) a en réalité contribué à renforcer le déficit commercial de l’industrie agro-alimentaire. Ainsi, avec les Etats-Unis, les échanges sont passés d’un excédent de 338 millions de dirhams en 2000 à un déficit de 3,3 milliards de dirhams en 2014. Avec l’Egypte, l’excédent de cinq millions de dirhams est devenu un déficit de 662 millions de dirhams.

Toutes ces données soulignent l’importance des réformes en cours dans l’agriculture – un secteur qui fait vivre 40% de la population – qui ont pour but de moderniser le secteur, et notamment l’agro-industrie, pour le rendre plus compétitif et plus profitable pour les exploitants.

« Quand on augmente l’offre agricole, celle-ci doit trouver son chemin vers les marchés soit sous forme de produits frais, soit sous forme de produits transformés. Or la valeur ajoutée du secteur agro-industriel est encore faible, » explique le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch. « L’objectif est de valoriser l’agriculture et d’aider l’agro-industrie à prendre une place réelle sur les marchés national et internationaux. C’est pourquoi nous avons créé dans le cadre du Plan Maroc vert des pôles industriels spécialisés dans l’agro-industrie avec des centres de compétences et des centres de recherche intégrés situés dans les bassins de production. On peut citer les agropoles de Meknès, Berkane, Agadir, Marrakech, Béni-Mellal et celle du nord du Maroc. Nous appelons les investisseurs étrangers à venir car il y a de grandes opportunités dans le secteur de l’agro-industrie. »

Parmi les six agropoles prévues dans le Plan Maroc vert, deux sont déjà opérationnelles : celles de Meknès et de l’Oriental. Selon l’Agence pour le développement agricole (ADA), les autres sont à des stades d’étude très avancés en conformité avec le calendrier prévu.

L’agropole de Meknès est dédiée principalement aux filières olive, fruits et légumes, céréales, lait et viandes. Les autorités marocaines escomptent un investissement total de quatre milliards de dirhams (373 millions d’euros) et la création de 18 000 emplois. Quant à l’agropole de l’Oriental (Berkane), elle devrait attirer un investissement de 1,25 milliard de dirhams (116 millions d’euros) et la création de 8000 emplois.