L’éducation, une priorité essentielle

L’éducation, une priorité essentielle

Depuis la fin des années 90, le Maroc a accompli des progrès importants en matière d’accès à la scolarité. Selon la Banque mondiale, les investissements d’infrastructure et les aides accordées aux élèves les plus démunis ont permis d’augmenter les taux de scolarisation de 52,4 à 98,2 % pour le primaire, de 17,5 à 56,7 % pour le premier cycle secondaire et de 6,1 à 32,4 % pour le deuxième cycle secondaire. La situation a aussi progressé en termes d’équité, puisque l’écart de scolarisation en primaire entre les garçons vivant en ville et les filles vivant à la campagne avait été ramené à 3,5 points lors de la rentrée scolaire 2012.

Mais, souligne la Banque mondiale, « après le primaire, d’importantes inégalités persistent entre filles et garçons et selon le milieu géographique (urbain/rural). Ainsi, dans le premier cycle secondaire, le taux net de scolarisation atteint 79% pour les garçons des villes mais seulement 26% pour les filles des campagnes. Ce décalage sexospécifique est le signe de la prégnance durable de normes sociales et culturelles qui pénalisent particulièrement les filles vivant en milieu rural. »

« Malheureusement, l’éducation demeure le point faible de notre système, » ajoute pour sa part Mohamed Berrada, ancien ministre des Finances et professeur d’économie à l’Université Hassan II. « Certes, il y a eu des progrès significatifs au niveau du taux de scolarisation qui a atteint pratiquement 98%. Cela signifie que tous les enfants de 7 ans sont scolarisés. Mais le vrai problème c’est l’abandon scolaire par la suite. Sur 100 enfants qui entrent en primaire, il y en a à peine 70 qui terminent le cycle du primaire et deux qui finissent avec un diplôme d’enseignement supérieur.

Cette déperdition tout le long des cycles de formation coûte très cher au pays. Car 30% du budget de l’Etat sont affectés à l’éducation. Il faudrait renforcer le principe de la scolarité obligatoire, surtout dans les zones où les parents n’en comprennent pas toujours l’importance. Il faut également développer le préscolaire, dans la mesure où l’intelligence humaine, biologiquement parlant, se construit entre deux et six ans. Tout le monde est conscient au Maroc qu’une mobilisation générale de toutes les composantes de la société est urgente mais tout le monde sait aussi que c’est un travail de longue haleine dont les résultats n’apparaissent qu’au bout d’une génération. »

Dans un rapport publié en avril dernier, l’Unesco se félicite pour sa part que le Maroc ait réussi à passer d’un taux net de scolarisation de 71% en 1999 à la scolarisation universelle dans le primaire en 2013. L’Unesco estime également que la Charte nationale d’éducation et de formation lancée en 1999 et qui instaurait la « décennie de l’éducation » (2000-2009) a grandement contribué à cette avancée. Notamment, les investissements en infrastructures scolaires dans les zones rurales ont facilité l’accès à l’éducation des enfants de ces zones, notamment les filles. A noter aussi, l’Unesco salue les améliorations concernant l’égalité des sexes au sein du corps enseignant, puisque la part des enseignantes est passée de 39% à 54% entre 1999 et 2012. Cependant, l’organisme des Nations Unies alerte des progrès qui restent à faire en matière de qualité de l’éducation, entre autres en raison du nombre important d’élèves par classe (30 en moyenne), et recommande au royaume de « redoubler d’efforts pour surmonter les obstacles à la scolarisation auxquels se heurtent les filles les plus marginalisées ».

Parmi les nombreuses priorités du roi Mohammed VI, on peut sans conteste affirmer que l’éducation est numéro un. D’ailleurs, l’une des premières mesures qu’il a prises en arrivant au pouvoir en 1999 était la Charte nationale d’éducation et de formation.

Lorsque Mohammed VI a accédé au trône, le Maroc sortait d’une période marquée par l’ « arabisation » du système éducatif qui, de l’avis de tous les observateurs internationaux indépendants, notamment les grandes institutions d’aide internationale, a freiné le progrès. En effet, dans les années 80, le ministère de l’éducation a islamisé et arabisé le système éducatif, interdisant par exemple les cours de philosophie et de sociologie. Toutes les matières ont été arabisées et le français seulement maintenu comme langue d’enseignement des mathématiques et des sciences dans le primaire et le secondaire, les professeurs français étant remplacés par des enseignants originaires de pays arabes. Ceci a poussé de nombreuses familles aisées à sortir leurs enfants du système public. Cette évolution inquiétait le roi Hassan II qui, en 1994, alerta le Parlement dans une lettre où il affirmait que « les Marocains risquent non seulement d’être pauvres mais aussi ignorants ».

C’est donc une situation difficile dont a hérité Mohammed VI et à laquelle il s’est attelé très vite, en adoptant la Charte pour l’éducation en 1999 puis en déclarant que la décennie 2000 serait celle de l’éducation. Plus récemment, en 2006, il crée le Conseil supérieur pour l’Enseignement et en 2009, le Maroc adopte un « Programme d’urgence pour l’éducation ».

Dans le discours qu’il a prononcé en août 2013 à l’occasion du 60e anniversaire de la « Révolution du Roi et du Peuple », qui marque le début du mouvement pour l’indépendance, Mohammed VI a de nouveau insisté de façon très ferme sur l’importance des réformes éducatives.

« Le secteur de l’éducation est en butte à de multiples difficultés et problèmes, dûs en particulier à l’adoption de programmes et de cursus qui ne sont pas en adéquation avec les exigences du marché du travail, » a-t-il notamment déclaré. « Ces écueils sont imputables également aux dysfonctionnements consécutifs au changement de la langue d’enseignement dans les matières scientifiques. Ce changement implique, à l’évidence, l’impératif d’une mise à niveau linguistique de l’élève ou de l’étudiant pour qu’il puisse suivre utilement la formation qui lui est dispensée. »

Il a également appelé le gouvernement à mettre réellement en oeuvre la Charte nationale d’Education et de Formation : « La situation actuelle du secteur de l’éducation et de la formation nécessite de marquer une halte pour un examen de conscience objectif permettant d’évaluer les réalisations accomplies et d’identifier les faiblesses et les dysfonctionnements existants. Il convient à cet égard de rappeler l’importance de la Charte nationale d’Education et de Formation, qui a été adoptée dans le cadre d’une approche nationale large et participative. Par ailleurs, les gouvernements successifs se sont attachés à mettre en oeuvre les préconisations de cette Charte […] Malheureusement, les efforts nécessaires n’ont pas été entrepris pour consolider les acquis engrangés dans le cadre de la mise en oeuvre de ce Plan. »

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, considéré comme essentiel notamment pour fournir à l’industrie marocaine en pleine expansion les capacités dont elle a besoin, le ministre

de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des cadres, Lahcen Daoudi, souligne que le nombre d’étudiants est passé de quelque 450 000 en 2011-2012 à 615 000 en 2013-2014, répartis dans 116 établissements universitaires. « Nous nous attendons à ce que ce rythme se maintienne à dans les cinq prochaines années. Il s’agit là d’un grand défi en termes d’infrastructures, d’enseignants, d’encadrants et de financements, » remarque-t-il.

« Nous fonctionnons avec deux types de facultés sans frais d’inscription : les facultés à accès libre, comme les facultés de lettres, de droit et de sciences, et les écoles ou les facultés à accès régulé comme les écoles d’ingénieurs, les facultés de médecine et de pharmacie. Le défi est grand en termes d’infrastructures. Aujourd’hui, on offre plus de 20 000 places chaque année pour les écoles d’ingénieurs mais cela demeure insuffisant par rapport à la demande. Les étudiants qui ont les moyens partent à l’étranger. Aujourd’hui, 52 000 étudiants sont à l’étranger dont 32 000 en France. Cela implique d’accorder des équivalences au retour alors même que certaines disciplines n’existent pas chez nous. »

  1. Daoudi souligne par ailleurs que l’université marocaine multiplie les liens avec l’étranger. Notamment, le Maroc est en train de constituer une université euro-méditerranéenne à Fès. « Elle sera ouverte à 30 nationalités avec comme objectif d’atteindre dans 10 ans un niveau équivalent aux meilleurs instituts européens. Notre objectif est tout simplement de relier l’université marocaine au reste du monde. »