L’attrait d’une culture millénaire et raffinée

L’attrait d’une culture millénaire et raffinée

Représentant environ 12% du PIB et près de 5% de l’emploi (environ 505 000 emplois directs), le tourisme est un secteur clé de l’économie marocaine. En 2014, les recettes générées par les non-résidents ayant séjourné au Maroc se sont situées à près de 57,2 milliards de dirhams. Les recettes en devises ont représenté 29% des exportations de biens et services, selon les chiffres du ministère du Tourisme.

« En 2014, nous avons dépassé le chiffre symbolique des 10 millions de visiteurs avec 10,3 millions soit une progression de 2,4% par rapport à 2013, » déclare le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad. « Depuis le début de l’année dernière, nous avons enregistré une progression constante des arrivées, des nuitées et des recettes. Pour 2014-15, nous escomptons une augmentation de plus de 10%, voire plus. Nous avons pour objectif de doubler les chiffres d’arrivées et d’atteindre prochainement 18 ou 19 millions. Pour y parvenir, nous concentrons nos efforts sur la réorganisation structurelle et sur la démarche marketing pour séduire les touristes des marchés émergents. »

Il n’est pas exagéré de dire que le Maroc a des atouts exceptionnels. Un climat doux et ensoleillé, des paysages à couper le souffle avec 3500 km de côtes, trois chaînes montagneuses et des déserts, un patrimoine culturel riche, ancien et raffiné, sans oublier l’une des meilleures cuisines au monde. Tout ceci à des prix compétitifs et à quelques encablures de l’Europe de l’ouest.

« Soixante-dix pour cent des touristes viennent au Maroc pour sa culture, son patrimoine historique, sa cuisine, » commente M. Haddad. « Le tourisme balnéaire arrive en deuxième position, suivi par le tourisme d’affaires. Quant au MICE (meetings, incentives, conferencing, exhibitions), il commence à se développer dans les grandes villes comme Casablanca et Marrakech. En tant que hub entre l’Europe et l’Afrique, le Maroc a une position privilégiée pour développer ce volet du tourisme. L’objectif est de capter les touristes d’affaires et de prolonger leur séjour en organisant des offres en synergie avec les segments sport, bien-être, animation et culture. Nous voulons encourager les groupes étrangers et les tour opérateurs à venir organiser leurs congrès et meetings au Maroc. »

« Casablanca est par nature, principalement une destination d’affaires. Il s’agit du poumon économique du royaume du Maroc, » remarque Juan Martinez, directeur général de l’hôtel Barceló de Casablanca, qui fait partie de la chaîne espagnole du même nom. « Le segment nourricier de la ville pour les hôtels de notre type est en effet une clientèle business. Casablanca veut se positionner également comme destination MICE au même titre que Marrakech, et ce avec la mise en place d’une infrastructure importante – le Palais des Congrès – et d’infrastructures de type venues de niveau international. »

A la différence d’autres pays de la région méditerranéenne qui ont opté pour le tourisme de masse « plage et soleil », le Maroc entend préserver son environnement et s’adresser avant tout aux visiteurs curieux de découvrir sa culture millénaire et son étourdissant patrimoine. Par exemple la tour Hassan de Rabat, qui est le minaret d’une mosquée jamais achevée, date du 12e siècle c’est-à-dire de l’époque de Guillaume le Conquérant. On peut aussi citer la Koutoubia de Marrakech qui fait écho à la célébrissime Giralda de Séville. Les « villes impériales » (Fès, Marrakech, Rabat et Meknès) datent, pour la plus ancienne (Fès), du huitième siècle. Et qui n’a pas rêvé en se perdant dans le dédale des ruelles colorées de Marrakech, Ouarzazate, Taroudant ou encore Agadir ? « Le patrimoine historique constitue le véritable atout compétitif de notre pays. En s’y intéressant, les touristes contribuent à le préserver et à le protéger tout en s’ouvrant aux spécificités de notre culture, » ajoute le ministre.

Comme pour d’autres secteurs de l’économie, le Maroc a de grandes ambitions et un plan de développement très précis pour son industrie touristique. Il s’agit de faire du Maroc l’une des vingt premières destinations mondiales d’ici à 2020 et une « référence dans le pourtour méditerranéen en matière de développement durable ». Les principaux objectifs sont de :

  • Doubler la capacité d’hébergement, avec la construction de 200.000 nouveaux lits dont 150.000 hôteliers et 50.000 assimilés, pour offrir aux visiteurs une expérience touristique riche et dense.
  • Doubler les arrivées de touristes en doublant les parts de marché sur les principaux marchés européens traditionnels et en attirant 1 million de touristes issus des marchés émergents.
  • Tripler le nombre de voyages domestiques, avec l’objectif de démocratiser le tourisme dans le pays.
  • Créer 470.000 nouveaux emplois directs sur l’ensemble du territoire national, pour employer près d’un million de Marocains d’ici à 2020.
  • Accroître les recettes touristiques pour atteindre 140 milliards de dirhams (12,9 milliards d’euros) en 2020, soit une somme cumulée sur la décennie proche de 1 000 milliards de dirhams.
  • Accroître de deux points la part du tourisme dans le PIB national pour atteindre près de 150 milliards de dirhams (13,8 milliards d’euros) contre 60 aujourd’hui.

Reste que le tourisme marocain est confronté à l’épineux problème de la sécurité et du sentiment d’insécurité des touristes européens. Après l’assassinat du montagnard français Hervé Gourdel en Algérie en septembre, les attentats contre Charlie Hebdo et un supermarché kacher de Paris en janvier et l’attentat contre le musée Bardo de Tunis en mars, les réservations des agences de voyage françaises ont chuté de 36% et les départs de 46% au premier trimestre 2015, selon le Syndicat des agents de voyage français (Snav). Une évolution bien sûre inquiétante pour les professionnels marocains du tourisme, contre laquelle il leur est difficile de lutter.

Le ministère français des Affaires étrangères précise sur son site web que « la situation politique et sécuritaire permet l’organisation de voyages professionnels et touristiques au Maroc, à condition de faire preuve de vigilance dans les lieux publics ou de rassemblement ».