Investissements massifs dans les réseaux de transport

Investissements massifs dans les réseaux de transport

Depuis plus d’une dizaine d’années, le Maroc est engagé dans un impressionnant programme de modernisation de ses infrastructures de transport avec des investissements qui ont totalisé 147 milliards de dirhams (13,6 milliards d’euros) entre 2003 et 2011, selon le ministère de l’Equipement et des Transports. Pour la période 2012-2016, le gouvernement a prévu d’investir la somme record de 166 milliards de dirhams (15,4 milliards d’euros). Mais au-delà, on estime à 600 milliards de dirhams (55,7 milliards d’euros) le total des investissements prévus pour développer les infrastructures de transport dans les vingt prochaines années.

Port de Tanger Med (inauguré en 2007), projet de TGV Tanger-Casablanca, aéroport Mohammed V de Casablanca… les très grands projets réalisés ces dernières années ont propulsé le Maroc dans la modernité et lui donnent les moyens de jouer pleinement son rôle de hub d’échanges entre l’Europe et l’Afrique.

« Etant donné sa position géostratégique, sa stabilité politique, son ouverture ainsi que la diversification de ses partenaires, le Maroc ambitionne de devenir un hub majeur tant en ce qui concerne les investissements (zones franches) qu’en ce qui concerne la logistique maritime, aérienne et terrestre. Ceci se confirme notamment par l’intensification de la connectivité aérienne, dont celle de l’aéroport de Casablanca, et par la connectivité maritime dont le port Tanger Med est une illustration, » déclare le ministre de l’Equipement et du Transport, Abdelaziz Rabah. « Les futurs projets d’infrastructures de transport et de logistique ainsi que nos accords maritimes et aériens, couplés à nos accords commerciaux avec les pays de divers continents, renforcent cette volonté de consolider la position du Maroc en tant que hub logistique international et multimodal. »

Par ailleurs, dans le cadre de sa stratégie de développement des infrastructures, le gouvernement a « fait une avancée dans les réformes de libéralisation et d’introduction de la concurrence dans les différents modes de transport ainsi que l’amélioration de la qualité de service, » affirme le document de synthèse sur cette stratégie publié par le ministère de l’Equipement et du Transport. Le gouvernement vise « le développement harmonieux, intégré et équilibré des infrastructures de transport, la poursuite d’une politique volontariste d’investissement avec la complémentarité des modes de transport et l’encouragement du transport multimodal, ainsi que l’ajustement de la planification, la programmation et le financement, en plus de l’augmentation du niveau de l’offre et de la qualité des services. »

Routes : objectif de 1800 km d’autoroutes pour 2015

En 2012, le réseau autoroutier ouvert à la circulation était de 1416 km. Le plan 2012-2016 prévoit la construction de 384 km additionnels afin de porter la longueur totale du réseau à 1800 km, reliant toutes les villes de plus de 400 000 habitants, « à l’horizon 2015 ».

Par ailleurs, il existe un important programme de développement du réseau routier « afin de porter le taux d’accessibilité de la population rurale de 54% en 2005 à 80%, en désenclavant 300 000 habitants par an ».

Réseau ferré : le grand projet de TGV Casablanca-Tanger

Le trafic est passé de 14 millions de passagers en 2003 à 39 millions de passagers en 2013, soit une croissance annuelle de 12%, un rythme de deux fois plus important que pour le trafic routier.

A présent, « l’introduction de la grande vitesse est une évolution naturelle et nécessaire » qui complémente le développement du réseau autoroutier, déclare le ministre. « La construction d’une liaison à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, première étape du schéma directeur de la grande vitesse au Maroc, illustre parfaitement l’opportunité et l’intérêt du choix de cette technologie. Ce projet a le mérite de donner corps aux principaux axes de transport retenus pour l’extension du Réseau transeuropéen de transport (RTE-T) au voisinage de l’Union européenne et actés dans la Déclaration de Paris en 2008 à propos de l’Union pour la Méditerranée. Il permettra de créer 30 millions de journées de travail directes et indirectes dans la phase des travaux ainsi que 1500 emplois directs et 800 indirects dans la phase d’exploitation. En outre, la participation d’un grand nombre d’entreprises et de bureaux d’études nationaux à la concrétisation de ce projet à tous les niveaux de réalisation (études, travaux et contrôle) contribue fortement au développement d’une expertise nationale dans ce secteur. Il est à noter que  sur les 346 experts travaillant sur ce projet, plus de 200 sont marocains. »

Le gouvernement escompte que la réalisation de ce projet sera accompagnée par l’émergence d’une industrie locale dans le secteur ferroviaire avec la construction des centres de maintenance à Tanger et Kenitra. De même, l’Institut ferroviaire pourra capitaliser sur l’expertise créée au Maroc en matière de grande vitesse. « Le Maroc est le premier pays arabe et africain à s’équiper de cette technologie, ouvrant la voie à des transferts de technologie et de savoir-faire qui permettront le renforcement de sa position de hub régional, » commente M. Rabah.

Ports : après Tanger Med, développer les autres ports

La position géographique du Maroc lui donne un atout incontestable comme plateforme d’échanges entre l’Europe et l’Afrique. La construction du terminal de Tanger Med, inauguré en 2007, a eu un impact décisif sur l’essor économique du pays et la décision d’investissement de grandes entreprises telles Renault par exemple.

Preuve du succès de Tanger Med, la première tranche vient d’atteindre sa capacité maximale de trois millions de conteneurs, en progression de 20% par rapport à 2013, alors que Tanger Med 2 doit entrer en service en 2016.

Autre indicateur de l’importance de cette infrastructure : la plateforme Tanger Med a réalisé 3,7 milliards d’euros d’exportations industrielles en 2014, un chiffre en progression de 40% par rapport à 2013 dû en grande partie à la montée en puissance de Renault Tanger mais aussi aux performances des équipementiers vers les autres constructeurs automobiles en Europe.

Dans le cadre de sa stratégie aéroportuaire pour 2030, le gouvernement a défini six pôles portuaires ayant chacun un rôle spécifique : pôle portuaire de l’Oriental, Nord-Ouest, de Kénitra-Casablanca, de Doukkala Abda, de Souss-Tensift, et du Sud.

« Les ports du Royaume constituent un maillon clé des chaines logistiques des échanges externes et un levier important du développement économique et social du pays, » commente le ministre de l’Equipement et du Transport. « Par exemple la vocation du pôle Abda-Doukkala est de contribuer au transport des grands vrac liés à l’énergie, avec le développement d’une centrale thermique dans cette région, et à l’industrie minérale et chimique suite aux plans d’investissements de l’Office chérifien des Phosphates (OCP). »

Transport aérien : positionner Casablanca comme l’aéroport de référence

Dans le cadre de l’accord Open Sky liant le Maroc et l’Union européenne, le nombre d’entreprises opérant au Maroc est passé à 44 et le nombre de voyageurs a atteint près de 13 millions (contre 7,5 millions en 2003).

Afin de conforter le rôle du Maroc comme plateforme d’échanges, le gouvernement ambitionne de faire de l’áeroport Mohammed V de Casablanca l’aéroport de référence en Afrique du nord. Cet objectif s’inscrit aussi dans la stratégie de développement du tourisme à l’horizon 2020 qui prévoit également : la consolidation les dessertes aériennes du marché européen, la promotion du transport aérien domestique, le développement du fret aérien, la valorisation du domaine public aéroportuaire, le renforcement de la compagnie nationale Royal Air Maroc à travers le suivi du contrat programme avec l’Etat pour la période 2011-2016, et le développement d’un pôle d’entretien des avions et des équipements de la navigation aérienne aux environs de l’aéroport Mohammed V.

Logistique : consolider le Maroc comme hub international

Dans ce domaine, les autorités marocaines ont développé une stratégie de développement en coordination avec la Confédération générale des Entreprises du Maroc (CGEM), représentant le secteur privé. « La stratégie logistique présente des enjeux économiques importants, » explique le ministre. « Nos objectifs sont de réduire de 20% à 15% le poids des coûts logistiques du Maroc par rapport au PIB, d’accélérer la croissance du PIB en gagnant cinq points sur 10 ans par l’augmentation de la valeur ajoutée induite par la baisse des coûts logistiques et l’émergence d’un secteur logistique compétitif, et enfin de contribuer au développement durable du pays à travers la réduction de 35% des émissions CO2 liées au transport routier de marchandises et la décongestion des routes et des villes. »

L’un des grands projets récents dans ce domaine est la construction de la plateforme logistique de Zenata, près de Casablanca, la plus grande programmée dans le cadre du schéma national des zones logistiques multi-flux (ZLMF) avec 323 hectares dédiés aux activités conteneurs, céréales, distribution et sous-traitance logistique.

Génie civil : la référence LPEE

Société anonyme financée à 100% par des capitaux publics, le Laboratoire d’Essais et d’Etudes (LPEE) est un acteur important de tous les grands projets d’équipement du Maroc.

Fondé en 1947, avant l’indépendance, le LPEE intervient toujours sur les grands chantiers développés dans le royaume : routes, autoroutes, ligne à grande vitesse, ponts… Il compte 10 centres spécialisés à Casablanca ainsi que des laboratoires régionaux couvrant toutes les régions du Maroc et réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 500 millions de dirhams (46,4 millions d’euros).

« Jusqu’en 1999, nous avons travaillé en situation de monopole, puis le domaine des laboratoires a été libéralisé en 2000. Nous avons cependant conservé notre position de leader grâce à notre expertise, » déclare le directeur général, Mouhssine Alaoui M’Hamdi. « Tous les grands projets d’équipement ont été supervisées par le LPEE. Nous faisons figure d’exemple au Maroc et en Afrique, ce qui s’explique notamment par le fait que nous ne sommes pas uniquement un laboratoire d’essais. Nous sommes également un laboratoire d’expertises, de recherche, de développement et d’ingénierie de laboratoire. Nous avons décroché dernièrement un marché pour un barrage au Liban et pour un port en Albanie, grâce à notre expertise qui nous permet de travailler en coopération avec des organismes internationaux. Il est aussi important de mentionner notre Centre d’Essais et d’Etudes Electriques (CEEE), qui est un laboratoire unique en son genre. Il accompagne tous nos industriels dans le domaine de la production de produits électriques permettant ainsi à nos produits, après avoir été contrôlés par le LPEE, d’être acceptés par les marchés européens et internationaux. »