Chafik Sabiry, Président, HP CDG IT Services

Chafik Sabiry, Président, HP CDG IT Services

HP CDG IT SERVICES est l’une des compagnies les plus rentables du groupe CDG? Que représente l’entreprise dans l’ensemble du groupe CDG?

M. Sabiry : On peut dire que HP CDG est l’entreprise qui a généré le plus de croissance, en tout cas, en terme d’emploi. Cette entreprise est une joint-venture entre Hewlett Packard qui détient 51% des parts, et la CDG qui en détient 49%. Créée en juillet 2007, HP CDG a connu une croissance très importante : de 30 collaborateurs, nous sommes passés à plus de 1300 à la fin du mois de Février 2015. HP est le « 3ème employeur au sein du groupe » avec un impact régional important. Nous sommes également le « 2ème Meilleur employeur au Maroc » dans le palmarés edité par l’institutAmercicain “Best Compagnies Group ”en partenariat avec le cabinet de conseil en RH Lycom. Dans ce palmarés auquel nous prenons part depuis 2011, nous notons avec fierté l’amélioration averée de notre classement qui est passé de la 5ème place en 2011 à la 3ème place en 2012 et 2013 puis à la 2ème place en 2014. Notre pool de ressources se trouve à Rabat, Salé, Kenitra, Temara et Skhirate, des villes qui se situent dans la banlieue du Grand Rabat. Demain, nous allons devenir un employeur majeur dans la région de Fès, puisque, nous créons 600 postes et nous prévoyons d’employer 2.000 personnes à l’horizon 2016.

 Qu’est-ce qui fait de HP CDG IT SERVICES la référence dans l’offshoring au Maroc?

Des données chiffrées : Toutes les grandes entreprises marocaines sont nos clients et 1300 collaborateurs sont au service d’une cinquantaine de clients. Mais le marché marocain ne représente que 20% de notre chiffre d’affaires. 80% provient de l’étranger. Nos clients internationaux font partie du CAC40 français, du Dow Jones et du Fortune 500 américains. Nos plus gros clients sont Alcatel-Lucent, Eli Lilly, Carrefour, les maisons-mères, mais nous avons également en charge leurs filiales disséminées dans le monde. C’est un grand succès. Pourquoi? Pour une raison toute simple: le marché marocain de la technologie informative est nouveau. L’offre marocaine, jusqu’à présent, n’avait pas une dimension mondiale. Maintenant, notre savoir-faire est international. Le fait de récupérer ce savoir-faire tant au niveau national qu’international, a un effet de levier qui n’existe chez aucun de nos compétiteurs marocains aujourd’hui.

De plus, nous sommes la seule entreprise au Maroc capable d’offrir des services dans n’importe quel secteur lié aux technologies de l’information. Nous avons des atouts dans l’ingénierie et dans la technologie. L’ingénierie concerne tout ce qui touche à l’administration des infrastructures (l’administration de serveurs sur des technologies HP ou autres, l’administration des bases de données, l’administration de tout ce qui est ERP de type SAP). C’est un core business. Puis, on fait tout ce qui est applicatif. On fait de l’intégration, du RP, de la tierce maintenance applicative…. On fait du support au poste de travail. Si votre ordinateur ne fonctionne pas, j’ai des équipes ici qui vont essayer de résoudre votre problème. Enfin, on a tout ce qui est Business Process Outourcing (BPO). On est aujourd’hui, la seule entreprise au Maroc à pouvoir fournir tous ces services. Un client qui était desservi par plusieurs pays, devait mettre en place des structures de gouvernance dépendant de leurs localisations, Espagne, France, Inde, Maroc. Le fait de proposer dans un même lieu plusieurs compétences et faire travailler leurs équipes à distance permet de proposer une offre de co-localisation. En gros, ils ont une DSI en France et une DSI au Maroc. Tout le monde est sur le même lieu de travail. On ne gère pas une équipe virtuelle, mais une équipe locale.

Enfin, je pense que l’exigence de l’excellence opérationnelle est quelque chose de très important pour nous. Souvent, le fait de venir dans nos pays est motivé par des intérêts financiers relatifs aux coûts avantageux. On dit : je vais prendre une activité en France, je vais la mettre au Maroc, ça va me permettre de faire ce qu’on appelle du « Labor Arbitrage ». Or, le Labor Arbitrage n’a aucun sens si on n’est pas aux mêmes normes d’exigence de qualité et de productivité.

 Il y a beaucoup de malentendus ou d’idées reçues dans certains pays émetteurs par rapport à l’offshoring.

Chez HP CDG, nous avons contourné ce problème, et nous avons déployé beaucoup d’énergie pour que notre service soit accepté au niveau mondial. Aujourd’hui, je suis fier des benchmarks que je reçois par rapport à tous les autres sites implantés en Irlande, en Europe de l’Est ou en Inde. Depuis quasiment 12 mois sans interruption, nous sommes le meilleur centre mondial pour nos clients. Ils sont peut-être venus pour des raisons financières, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas perdu en qualité, et ça, c’est très important.

Nos 1.300 collaborateurs sont les acteurs de cette réussite. Il faut qu’ils puissent se sentir impliqués. Nous avons dans nos gênes le sens de la perfection qui fait qu’on souhaite en permanence être le meilleur employeur dans nos pratiques, dans notre éthique et même dans nos promesses faites à nos collaborateurs au travers de la formation, la mobilité… La formule gagnante est d’avoir une offre mondiale, des clients qui renouvellent leur collaboration parce que nous avons l’exigence de la qualité.

Vous avez parlé d’un classement très important.

 Au sein du groupe HP, nous sommes de loin le site de travail le plus apprécié. On a un savoir-faire au Maroc, qui, ne se reflète malheureusement pas dans les chiffres macroéconomiques. En principe, pour moi, en offshoring, on devrait avoir une plateforme technologique beaucoup plus importante, comparable peut-être pas à l’Inde, mais à des grands pays de l’offshoring. Or, on reste sur des chiffres limités. Au Maroc, on compte, 55 000 personnes dans cette industrie, ce qui n’est pas suffisant, on pourrait aller beaucoup plus loin.

 Vous avez parlé de l’importance de la formation de vos employés. Comment gèrez-vous ce volet ?

L’exigence de la qualité est très importante, comment on l’obtient? Tout d’abord par le recrutement et le Maroc a un pool de ressources très suffisant. Nous pouvons donc trouver en grande quantités les bonnes personnes. Ensuite, il faut les accompagner pour améliorer l’excellence opérationnelle et pour gérer leurs carrières. HP CDG est la seule société dans notre secteur à avoir créée une université d’entreprise à laquelle d’énormes moyens sont consacrés. “HP CDG School” a trois vocations. Sa première vocation c’est la formation technique. Il y a des nouvelles versions, les technologies évoluent très rapidement, on parle de cloud, de Big data, etc. Pour cette formation technique on fait appel à des prestataires marocains ou étrangers spécialisés dans la formation. La deuxième vocation, est ce que j’appelle la “Client University”. Là, on quitte le technique pour s‘intéresser au savoir-faire du client. Comment être sûr que les prestations techniques fournies satisfont le client ? Nous avons créé un cursus universitaire spécialisé HP CDG dans les universités internationales de Rabat et de Casablanca. En gros 10% des employés de notre entreprise suit des cours à “HP-CDG School”, et je tiens à le préciser, avec des aides avantageuses pour suivre les formations : seule, la moitié des frais de scolarité est à leur charge avec une possibilité de crédit gratuit de 12 à 24 mois.

 On se rend compte qu’il y a un phénomène de colocalisation de plus en plus évident. Avant, pour les clients français et européens, l’offshoring était toujours en dehors de l’Europe dans des pays comme l’Inde. Qu’est-ce que vous en dites?

 A l’occasion de la venue du président François Hollande, nous avons instauré ce nouveau concept de colocalisation. La compréhension que j’en ai c’est qu’aujourd’hui, c’est le renforcement de la coopération entre les 2 pays. Comment ça se traduit pour nous dans l’offshoring? Je pense qu’il y a, au moins, trois axes. En premier lieu, les entreprises marocaines vont commencer à investir en France. On a vu ces dernières années, beaucoup d’entreprises marocaines qui rachètent des entreprises en France, ce qui est un phénomène nouveau.

Deuxièmement, le Maroc bénéficie de plus en plus d’un capital confiance de la part de la France. Je prends le cas d’Airbus. Pour pouvoir développer un nouveau modèle d’Airbus, l’activité ATR a été confiée quasiment dans sa totalité au Maroc.

Le troisième axe concerne les flux de personnes. Aujourd’hui, les ingénieurs peuvent être amenés à se déplacer en France pour travailler avec des équipes françaises comme si s’était la continuité de leur DSI (Direction des services informatiques). Avant, ils allaient en Inde. Mais avec la France, la distance est beaucoup moins importante et la langue facilite les choses. Les échanges franco-marocains sont permanents. Je pense que c’est la même chose avec Je dirais que la colocalisation représente une continuité d’affaires.

 Le ministre Elalamy nous a beaucoup parlé d’écosystèmes dans différents domaines. Est-ce que les conditions sont réunies au Maroc pour entrevoir la consolidation d’un écosystème dans l’offshoring ?

Le Maroc n’a pas atteint son potentiel maximum. Aujourd’hui, on parle de 55 000 à 60 000 employés dans le secteur. On est loin des pays de l’offshore comme l’Inde, où on parle de millions de personnes. Sur le marché purement francophone, on détient plus ou moins 46-50%.

C’est remarquable

Oui, mais pas sur la baseline. Sur la base offshorable, on capte la moitié de ce qui est offshoré. Nous espérons accroître le potentiel avec la France : 10% seulement des activités offshorables sont offshorisées. Nous restons trop concentrés sur l’axe Rabat-Casa : beaucoup d’autres villes peuvent fournir des ressources humaines. Est-ce que les conditions de l’écosystème sont favorables à une croissance beaucoup plus importante? Définitivement, oui.

 La France reste quand même votre client principal.

Oui. Pour le Royaume du Maroc, dans le secteur de la technologie de l’information, la France est effectivement notre premier client. Pour HP CDG également. J’espère qu’on saura rééquilibrer à terme pour avoir 50% de notre chiffre d’affaires réalisé avec la France et l’autre, avec d’autres pays incluant l’Afrique, le Maroc, les Etats-Unis et pourquoi pas d’autres pays européens. L’Espagne et l’Italie font partie des pays qui m’intéressent aujourd’hui par exemple.

 Vous comptez plus de 1300 collaborateurs, vous êtes un gros employeur. C’est une responsabilité sociale très importante. Paradoxalement, les nouvelles technologies pourraient à l’avenir réduire le nombre des employés. Comment voyez-vous l’avenir de ce secteur qui est très technologique?

J’aime bien le concept schumpetérien de la création destructrice. On crée un nouveau marché, on détruit un ancien marché.

Sur les technologies de l’information, effectivement, la tendance va vers l’automatisation. Cependant, l’incroyable explosion des technologies de l’information génère par voie de conséquence un volume beaucoup plus important. Une entreprise classique qui avait besoin de quelques serveurs pour opérer sa supply chain, aujourd’hui, a besoin de beaucoup plus de serveurs pour suivre son site internet. Aujourd’hui, le volume d’informations disponibles explose, mais les entreprises ne savent pas forcément les interpréter, les analyser et en faire un outil compétitif. En conséquence, les besoins de traitement des données et de stockage décuplent. Avant on gardait les photos dans un album, sauf qu’aujourd’hui, on prend beaucoup plus de photos, on les duplique dans plusieurs supports : sur son téléphone, sur le PC, sur un serveur, sur le cloud, etc. L’automatisation, certes, mais elle va être largement compensée par la croissance du volume des données informatiques. Je vous donne un exemple simple : on parle beaucoup de cloud, tout le monde le présente comme une révolution. En gros, au lieu d’acheter une machine, vous allez acheter de la capacité à hauteur de vos besoins sur une machine située n’importe où dans le monde. La rapidité est la spécificité de cette technologie. Aller plus vite signifie avoir accès aux données plus facilement, induisant une consommation récurrente. J’ai un indicateur simple. J’ai des machines virtuelles. Pour chaque “millier” de machines virtuelles, je vais avoir besoin de 30 à 35 ingénieurs. Plus il va y avoir de machines virtuelles, plus je vais recruter des personnes pour les gérer.

Nous aurons besoin de beaucoup de personnel pour gérer de nouvelles technologies ou applications. Aujourd’hui, on a l’information mais pas le savoir. Dans quelques années,  un robot écrira peut-être les articles et fixera la ligne éditoriale, mais cela suppose que l’information se transforme en savoir.

 Est-ce que HP CDG IT SERIVES réfléchit à l’expansion africaine par exemple profitant de cette vague d’internationalisation de l’économie marocaine?

Je pense que nous souhaitons nous inscrire dans la stratégie de développement du continent africain. Des initiatives économiques sont menées par la diplomatie économique du Maroc vers les pays africains. Il est clair que nous allons prendre part à cette démarche dans la mesure du possible. Aujourd’hui, j’estime que l’Afrique n’est pas encore équipée en informatique. Aujourd’hui, le vrai challenge est d’accompagner l’installation de machines et des réseaux et créer des alliances. Dans cette première phase, je pense que notre métier sera de participer à l’installation de cette infrastructure en Afrique. Puis, il viendra un deuxième temps où il faudra créer plus de services, ouvrir des data center, des solutions clouds… Alors, est-ce que le relais de croissance africain est très important aujourd’hui? Honnêtement, à court terme, je ne le vois pas impacter de manière significative notre chiffre d’affaires. Néanmoins, nous devons nous positionner sur ce marché d’avenir.

 Pour finaliser, je vous demanderai un dernier message à nos lecteurs de France

Le Maroc est un pays qui dispose de beaucoup de ressources et d’atouts, avec une volonté de travailler dans le cadre de la francophonie. Je pense que le marocain est un francophone et un francophile tant avec la France elle-même qu’avec les autres pays.

Avec la France, c’est viscéral. Je pense que c’est un lien sanguin finalement. Le marocain aime la France pour faire ses études (beaucoup d’étudiants vont étudier en France), du shopping, des affaires… ça crée une communauté d’intérêts très importante. Je trouve qu’aujourd’hui dans notre secteur des technologies de l’information, la France et les pays francophones doivent tirer profit des atouts professionnels ou diplomatiques que sont à même d’offrir le Maroc aujourd’hui…