Abdelaziz Rabbah, Ministre de l’Equipement, du Transport et de la Logistique

Abdelaziz Rabbah, Ministre de l’Equipement, du Transport et de la Logistique

Brève analyse de l’évolution des cinq dernières années des infrastructures relatives au transport dans les domaines terrestre, aérien et ferroviaire.

M. Rabbah : Le développement des infrastructures de base compte parmi les principaux leviers de la croissance et du développement économique et social du Maroc.

Ainsi, en matière d’infrastructures, le Ministère s’est engagé dans plusieurs schémas directeurs à l’horizon 2030-2035 ont été définis et déclinés en programmes de développement dans les domaines routier, autoroutier, ferroviaire, portuaire et aéroportuaire ont été réalisés ou sont en cours de réalisation traduisant une stratégie volontariste de renforcement et de modernisation des grands réseaux d’infrastructures permettant au Maroc d’être un maillon fort dans les échanges commerciaux mondiaux nord – sud et est – ouest.

Dans ce cadre, le Maroc a déjà réalisé d’importants projets d’infrastructure visant l’intégration régionale dont on cite à titre d’exemple la rocade méditerranéenne, l’axe autoroutier atlantique reliant le sud de l’Espagne, Tanger et Agadir et l’axe Maghrébin reliant Casablanca à Oujda, le lancement des travaux de la première tranche du schéma directeur des lignes ferroviaires à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, le complexe portuaire Tanger Méditerranée, le lancement prochain des travaux de construction du complexe portuaire Nador West Med ainsi que la consécration de l’Aéroport Mohammed V de Casablanca comme Hub International dans la rive sud de la Méditerranée.

Impact du Transport sur la croissance économique du Maroc

La contribution des transports à l’économie est confirmée par des effets bénéfiques d’une infrastructure et de services de transport  compétitifs sur l’activité économique  qui sont:

  • le développement  de l’industrie  des transports;
  • l’émergence d’entreprises championnes dans le secteur des BTP et le développement d’un tissu dense de moyenne et petite entreprises pour l’aménagement et l’entretiendes infrastructures ainsi que celles opérant dans le secteur de la logistique.
  • La fluidité des déplacements des personnes et des marchandises ;
  • Le développement  harmonieux et équilibré du territoire ;
  • La construction des infrastructures de proximité et le désenclavement des populations rurales;
  • La création  d’emplois  directs  et  indirects.

En effet, l’économie marocaine dispose aujourd’hui d’un cadre macroéconomique sain susceptible de constituer un levier efficace pour la réalisation des objectifs de croissance durable, de résorption de chômage 11% et de réduction de la pauvreté qui est de l’ordre de 10%.

Retombées économiques notamment pour le secteur agricole et touristique du Programme National des Routes Rurales ?

Le Ministre de l’Equipement, du Transport et de la logistique s’est inscrit dans la continuité et poursuit l’effort de désenclavement de la population rurale engagé par le gouvernement depuis 1995.

En effet, les résultats significatifs et les impacts socio-économiques très positifs obtenus après la réalisation du premier Programme National des Routes Rurales (1995-2005) portant sur la réalisation de 11.236 km, ont conduit au lancement du second Programme National des Routes Rurales (PNRR2).​

​​​​​​​​ Le deuxième programme (PNRR2), concerne la construction ou l’aménagement de 15.500 km de routes, et a pour objectif de porter le taux d’accessibilité (TA) de la population rurale de 54% en 2005 à 80% en désenclavant 300.000 habitants par an.

Les impacts socioéconomiques du PNRR sont comme suit :

  • Augmentation du trafic journalier (x5),
  • Diminution du coût de transport des personnes et des marchandises de plus de 42%,
  • Amélioration des indicateurs suivants : éducation (taux de scolarisation : de 67% à 78%), visite des femmes aux centres de santé (+ 80%), revenu mensuel par ménage (+39%), prix des produits de base (-14,3%).

Il est à noter qu’un troisième programme national des routes rurales est en cours de définition et ce de façon concertée avec les partenaires locaux.

Par ailleurs, et dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie des habitants des zones reculées et montagneuses, et leur promotion économique, culturelle et environnementale, un programme de Mise à niveau Territorial (PMAT) a été préparé, et concerne la réalisation des infrastructures de base et la fourniture d’équipements et services de proximité aux habitants des zones frontalières et isolées.

Ce programme, qui sera réalisé au cours de la période 2011-2015, concerne les domaines relatifs au transport routier, des pistes, de l’eau potable et l’électrification et améliorer les services liés à la santé et à l’éducation, et fournir des logements de fonction pour le personnel de l’Education Nationale, de la Santé, et ce au bénéfice de 503 communes rurales, qui appartiennent à 22 provinces.

A cet égards, un accord de partenariat a été signé entre le Ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Equipement, du Transport et de la Logistique et le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime concernant la construction de 766 Km de routes et l’aménagement et 1547 km de pistes ainsi que l’achèvement de 90 ouvrages de franchissement, dont 68 unités non liées aux routes.

« Parcours » de la ligne à grande vitesse Casablanca-Tanger, analyse sur l’effet de profonde transformation que cette infrastructure aura pour le Maroc.

Avec son réseau autoroutier principal en voie d’achèvement atteignant déjà 1.515 km et 1800 km en 2015 reliant toutes les villes de plus de 400 000 habitants, le Maroc est en droit de considérer l’introduction de la grande vitesse au Maroc comme une évolution naturelle et nécessaire.

La construction d’une liaison à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, première étape du schéma directeur de la grande vitesse au Maroc, illustre parfaitement l’opportunité et l’intérêt du choix de cette technologie.

Ce projet a le mérite de donner corps aux principaux axes de transport retenus pour l’extension du Réseau Trans-Européen de Transport (RTE-T) au voisinage de l’Union Européenne et actés dans la déclaration de Paris en 2008 à propos de l’Union pour la Méditerranée, il permettra de créer 30 millions de journées de travail directs et indirects dans la phase des travaux et 1.500 emplois directs et 800 indirects dans la phase d’exploitation.

En outre, la participation d’un grand nombre d’entreprises et de bureaux d’études nationaux à la concrétisation de ce projet à tous les niveaux de réalisations (études, travaux, et contrôle) contribue fortement au développement d’expertise nationale dans ce secteur.

Il est à noter que  sur les 346 experts travaillant sur ce projet, plus de 200 sont Marocains.

Le développement de cette expertise contribuera certainement à la réussite des autres projets rentrant dans le cadre du schéma directeur des lignes pour train à grande vitesse prévoyant la réalisation de plus de 15000 Km de LGV à l’horizon 2035.

Les ports au Maroc et leurs transformation et modernisation ; le port de Safi comme exemple.

Les ports du Royaume constituent un maillon clé des chaines logistiques des échanges externes et un levier important du développement économique et social du pays. Leur développement doit donc être harmonieux et en cohérence avec nos ambitions nationales.

Dans ce sens, le Ministère a élaboré la Stratégie Portuaire Nationale à l’horizon 2030 qui répond à des exigences à la fois économiques et politiques. Son élaboration découle d’une démarche participative tenant compte des différentes stratégies sectorielles nationales (Stratégie du secteur de l’énergie, Plan Maroc Vert, Plan Halieutis, Stratégie nationale du développement de la compétitivité logistique…).

L’élaboration de cette stratégie a conduit à définir 6 pôles portuaires,chaque pôle à son rôle spécifique.

Le port de Safi par exemple s’insère dans le Pôle Abda-Doukkala, l’un des six pôles définis dans la stratégie portuaire nationale, dont la vocation majeure est d’accompagner le secteur énergétique notamment le développement de la Centrale Thermique dans la région et l’industrie chimique suite aux plans d’investissements de l’OCP de la Région ainsi de contribuer au développement du transport des grands vrac liés à l’énergie et l’industrie minérale. Par ailleurs, le port actuel de la ville sera aussi aménagé pour l’intégrer à la ville et y développer les activités de pêches et de plaisance.

Le transport aérien ; votre vision sur la progressive libéralisation des cieux dans le monde et le rôle de la RAM sur le moyen terme dans un contexte de concurrence grandissante.

Dans le cadre de l’accord “ciel ouvert”, le Maroc est parvenu, au cours de la dernière décennie, à multiplier le nombre de vols, d’entreprises opérant au Maroc (44) et du nombre de voyageurs qui est passé de 7,5 millions en 2003 à près de 17 millions dans l’ensemble des aéroports.

Afin de répondre aux besoins liés à la stratégie du secteur du Tourisme (vision 2020) et de renforcer la position de l’aéroport Mohammed V comme pôle aérien international leader du et vers l’Afrique centrale et l’Afrique de l’ouest, le Ministère a mis en place une stratégie basée sur les principaux axes suivants :

  • Positionnement de Casablanca comme l’aéroport de référence de l’Afrique du Nord,
  • Définition d’un schéma directeur de développement des aéroports à l’horizon 2035 ,
  • Consolidation les dessertes aériennes du marché européen afin d’assurer les objectifs de Vision 2020,
  • Promotion du transport aérien domestique,
  • Développement du Fret aérien au Maroc et étude d’opportunité pour le développement d’un hub fret,
  • Valorisation du domaine public aéroportuaire,
  • Renforcer la compagnie nationale RAM à travers le suivi du contrat programme avec l’Etat pour la période 2011-2016,
  • Développement d’un pôle d’entretien des avions et des équipements de la navigation aérienne aux environs de l’aéroport de MED V.

Aussi, il est à rappeler que le Ministère œuvre à faire de la ville de Casablanca un hub aérien africain pour les flux de transport et compte entamer des discussions avec plusieurs pays africains frères sur les moyens de créer un espace aérien commun.

Le Maroc devrait bientôt faire partie du cercle très restreint des pays invités à devenir membres du Forum international du transport (FIT), qui a réuni à Leipzig en Allemagne, du 21 au 23 mai 2014, une cinquantaine de pays européens, américains et asiatiques.

Le Maroc est stratégiquement placé ; analyse du secteur logistique et la volonté politique et des acteurs économiques afin de consolider le Maroc comme un véritable hub international.

L’Etat et le secteur privé représenté par la CGEM ont défini une stratégie pour le développement de la compétitivité logistique du Maroc. Cette stratégie a été actée par la signature d’un Contrat Programme sur la période 2010-2015, sous la Présidence Effective de SA MAJESTE LE ROI en avril 2010.

La stratégie logistique présente des enjeux économiques importants, elle ambitionne de :

  • Réduire le poids des coûts logistiques du Maroc par rapport au PIB pour passer de 20% à 15%,
  • Accélérer la croissance du PIB en gagnant 5 points sur 10 anspar l’augmentation de la valeur ajoutée induite par la baisse des coûts logistiques et l’émergence d’un secteur logistique compétitif,
  • Contribuer au développement durable du pays, à travers la réduction des émissions CO2 liées au transport routier de marchandises de 35% , et la décongestion des routes et des villes.

Dans le cadre de l’exécution de la stratégie nationale logistique, le contrat programme entre l’Etat et le secteur privé prévoit la conclusion :

  • de contrats d’application pour le développement des plateformes logistiques au niveau régional ;
  • de contrats d’application horizontaux et sectoriels relatifs à la formation, à la qualification du transport routier de marchandises ainsi qu’à l’amélioration des chaines logistiques relatives aux flux des produits énergétiques, produits agricoles, distribution nationale, matériaux de construction et au flux import/export.

Dans ce sens, il est à souligner qu’ à l’occasion de l’inauguration de la deuxième tranche de la plateforme logistique développée à Zenata, SM le Roi Mohammed VI a présidé, mardi 13 mai 2014 à Mohammedia, la cérémonie de signature de sept conventions pour la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique, Il s’agit de trois contrats d’application pour la période 2014-2020 relatifs à l’amélioration de la compétitivité logistique des flux de matériaux de construction, d’import-export et de distribution interne, d’un contrat d’application pour la période 2014-2020 relatif au développement de la formation et des compétences logistiques, d’une convention cadre pour la mobilisation du foncier public pour le développement du réseau national des zones logistiques multi-flux, d’une convention entre l’Etat et la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) relative à l’organisation et au fonctionnement de l’Observatoire marocain de la compétitivité logistique (OMCL) et une convention de partenariat pour l’aménagement de la desserte nord du port de Casablanca à la zone logistique de Zenata.

A ce titre, le Maroc renforce sa position de hub pour le commerce international vers les pays avec lesquels il a signé des accords de libre-échange, mais aussi vers l’Afrique, qui offre aujourd’hui de nouvelles perspectives de développement.

Politique actuelle de privatisation du secteur transport au Maroc. Politique de partenariat public-privé dans les secteurs transports et logistique

Le Gouvernement a décidé de développer le partenariat public-privé (PPP) pour la réalisation d’infrastructures afin de faire face à la rareté des ressources classiques.

Les PPP permettent certes la mobilisation de capitaux privés nécessaires pour répondre aux besoins croissants et à la demande d’investissements dans les secteurs publics mais contribuent aussi à l’amélioration de l’efficience économique des projets et le développement de l’innovation due à la forte implication du secteur privé.

A cet effet, le Ministère a œuvré pour:

  • Ouvrir de nouveaux horizons spécifiques au financement des grandes infrastructures, y compris le renforcement des partenariats avec le secteur privé dans le domaine de financement, de la réalisation, de l’exploitation de ces structures et des services connexes. Pour ce faire le ministère a préparé un ensemble de projets seront réalisés dans le cadre des PPP et actuellement se penche pour préparer les études et les dossiers y afférents.
  • Ouvrir des ateliers afin de revoir le système fiscal lié au secteur du transport et aux équipements de base ainsi que proposer un nouveau système permettant au Maroc de réaliser un saut qualitatif dans le domaine du transport et de la logistique.

Dernier message aux lecteurs du Nouvel observateur

Les réformes et les chantiers lancés par notre pays dans les divers domaines et en particulier dans le secteur que j’ai l’immense honneur de cadrer et d’animer, constitue le gage de notre crédibilité pour créer de la richesse et de l’emploi, d’attirer les investisseurs étrangers et de cultiver un environnement de confiance et de transparence.